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Kora’h – De l’amer au doux — les deux erreurs de Kora’h

* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]

(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)


I. Le retour aux fondamentaux: L’Eternité de la Torah

Il est dans la nature de l’enseignement du Rav Tsvi Yehouda Kook de revenir chaque année sur ces mêmes fondements, car la Torah est éternelle. Et plus on remonte aux origines, plus les choses se clarifient.

Après tous les égarements du Désert, il reste encore deux leçons profondes à tirer – deux incompréhensions fondamentales : la nature véritable du peuple en tant que communauté, et la puissance spirituelle de la Terre d’Israël.

II. “Toute l’assemblée est sainte” (Nombres 16, 3)

Kora’h clame:

כִּי כָל-הָעֵדָה כֻּלָּם קְדֹשִׁים

car toute l’assemblée est sainte, tous  (Nb 16, 3)

Ces mots semblent généreux, voire justes. Le Rav A.I HaCohen Kook lui-même l’admet dans Orot (Israël et sa résurrection) : oui, en leur for intérieur, tous les enfants d’Israël sont saints. Mais Kora’h a commis l’erreur fatale de confondre la sainteté en puissance avec la sainteté en acte.

La sainteté n’est pas un état acquis – elle est une ascension. Elle exige un labeur immense, une élévation continuelle, une lutte quotidienne pour que cette sainteté soit pleinement exprimée dans notre vie. Dire “tous sont saints” en prétendant que tous sont donc égaux, c’est aplatir la dimension de sainteté, la rendre superficiel, la vider de sa substance. C’est rabaisser le Divin lui-même.

Comme l’enseigne le Rav Kook dans Orot (Lumières) : “c’est la raison pour laquelle il fut necessaire qu’il descende vivant dans le Shéol, pour disparaître du sein du peuple, et demeurer à jamais un signe pour les rebelles, afin qu’il n’y ait plus personne comme Kora’h et son assemblée” .

Dans tout peuple, il y a des justes capables de vivre la valeur de la Sainteté avec une intensité extraordinaire, et des impies qui en connaissent l’existence mais en restent éloignés. Ce fossé entre “en être conscient et la vivre”Kora’h, lui qui portait l‘Arche, lui qui était si proche de la Présence divine, aurait dû le comprendre !

Le Talmud dit à son sujet:

עֵינוֹ הִטְעַתּוּ

son œil l’a trompé

 Celui qui ne regarde pas en profondeur voit tout comme identique – et c’est là une des grandes pathologies de l’histoire d’Israël. Car notre chemin n’est pas d’abaisser la sainteté au niveau de tous, mais d’élever chacun vers elle – de prendre les hommes et de gravir la montagne avec eux.

III. La terre de lait et de miel souillée  (Nombres 16, 13-14)

La seconde faute de Kora’h et de ses complices est plus subtile encore, ils considérent l’Égypte comme:

אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ

une terre ruisselant de lait et de miel  (Nb 16, 13)

expression réservée dans la Torah à la Terre d’Israël.

Le Rav Tsvi Yehouda souligne : quiconque ne comprend pas la valeur véritable de la Terre d’Israël devient insolent, arrogant, et finit par tout justifier. Car le lait et le miel ne sont pas de simples métaphores de prospérité. Le Talmud enseigne que le sang se transforme en lait, et que le miel sort de l’abeille — or le sang et l’abeille sont impurs, et pourtant de leur sein jaillissent des choses pures. La Terre d’Israël est la terre de la métamorphose — elle transforme l’impur en pur, l’amer en doux, l’obscurité en lumière. C’est sa vocation cosmique : elle est le cœur du monde, le lieu où s’opère la guérison des membres de l’humanité.

Comparer cette terre à l’Égypte – la terre des quarante-neuf portes de l’impureté – est une profanation. Elle n’est pas une faute intellectuelle : c’est la même erreur que de dire “tous sont saints”. Celui qui ne comprend pas la nature profonde du peuple d’Israël ne peut comprendre non plus pourquoi ce peuple a besoin d’une telle terre, dotée de tels pouvoirs.

Comme il est indiqué (liturgie de Minḥa du Shabbat, d’après Samuel II 7, 23) : “אַתָּה אֶחָד וְשִׁמְךָ אֶחָד – וּמִי כְעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ” Tu es Un et Ton Nom est Un — et qui est comme Ton peuple Israël, nation une sur la terre .

C’est pourquoi la terre elle-même ouvrit sa bouche pour les engloutir (Nb 16, 32) – comme pour dire : vous m’avez placée au rang de l’Égypte ? Il y a des limites!!

IV. Le parfum de l’encens — le lien retrouvé

L’encens – קְטֹרֶת, de l’araméen קִיטְרָא, “lien” – est, selon le Zohar, l’offrande la plus chère et la plus aimée de Dieu parmi toutes. Car son essence est l’unification : onze aromates distincts liés en une seule offrande, comme il est dit “Comment préparait-on le parfum d’encens ? Onze espices… ” (Talmud Yerushalmi, Yoma 4, 5 ; Kéritot 6a). Il revient à Aaron de porter cet encens au milieu de la foule frappée par la peste, pour rétablir le lien entre Israël, le fils et Hashem, Son Père (Nb 17, 12-13). Et la leçon qu’il nous enseigne est que ce n’est pas l’encens qui tue – ce sont les fautes.

V. La hiérarchie sacrée (Nombres 18)

La paracha s’achève sur une différenciation : entre cohanim et lévites, entre lévites et le peuple d’Israël. Cette structure n’est pas une injustice – elle est une pédagogie. Quand on donne la dîme au Cohen, on se souvient qui sont les Maîtres de la pensée, vers qui diriger le regard, qui incarnent la connaissance. Ce qui unit tous ces échelons ? L’admat haqodesh — la Terre d’expression de la Sainteté.

VI. La femme d’On ben Peleth — héroïsme dans l’ombre

On ben Peleth apparaît au début de la paracha (Nb 16, 1) puis disparaît : sa femme, dans sa sagesse, l’a sauvé. Elle nous rappelle la vérité des femmes justes d’Israël – et nous enseigne qu‘il faut lutter de toutes ses forces, quitte à s’exposer à l’humiliation, pour ne pas être entraîné dans le sillage d’une faction de querelleurs. Car les maîtres de la dispute n’ont point de part au monde à venir.

Conclusion : “Vous serez saints”

Le Rav Tsvi Yehouda rapproche la finalité de cette paracha à la parasha Kedoshim : “קְדֹשִׁים תִּהְיוּ”“vous serez saints” (Lv 19, 2) – à la fois bénédiction et injonction. Sur le même modèle : “לֹא יִהְיֶה כְּקֹרַח וְכַעֲדָתוֹ”“il n’en sera plus comme Kora’h et son assemblée” (Nb 17, 5). La terre ne supportera aucun Kora’h en son sein.

Que nous marchions sur la voie qui monte vers Beit El, en gardant notre langue, en nous souvenant qu’appartenir à l’avénement messianique, c’est appartenir au sens même de l’Histoire dans sa totalité. Et si nous savons que le Palais se révélera l’entité messianique d’Israël est le lieu par excellence où le mal se transforme en bien – alors nous pouvons nous lever et nous fortifier, sachant que l’amer peut devenir doux et les ténèbres, lumière.


[1] https://www.amichai-rubin.com/

Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs,  né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.

Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.

Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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  1. Afin de servir Hashem, il n’y a rien de plus optimal que de Le servir dans la joie, sans une…

  2. Excellent résumé de cette paracha CLÉ du passage de la lumière absolue symbolisée par Moché à celle cyclique de yoshua…

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