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Parachat Matot — La valeur de la vengeance

En cette génération de rédemption, où nous réapprenons à agir la tête haute en faveur de notre Peuple et de notre Terre, et à sortir de l’asservissement aux nations, il nous paraît essentiel d’élucider la réponse morale et torahnique à la notion de vengeance. On le sait : la vengeance est la rétribution du mal commis. Et sur le plan national, lorsqu’une nation ose porter atteinte au Peuple d’Israël, elle doit s’attendre, en retour, à la vengeance qui sied à la gravité de son forfait.

La vengeance constitue-t-elle un problème moral ? Sommes-nous tenus d’agir ainsi selon le droit de la Torah ? Se pourrait-il qu’il existe une distinction entre la vengeance d’Israël et celle de D.ieu ?

Avant de tenter de répondre à ces questions, précisons d’emblée qu’il ne faudrait tirer de ce modeste article aucune décision halakhique, mais seulement un éclaircissement quant à l’action requise, telle qu’elle doit émaner de la conduite de nos dirigeants.

Dans notre paracha, Israël reçoit l’ordre de se venger de la nation de Midiane après le forfait de ses filles : « Venge la vengeance des enfants d’Israël sur les Madianites ; après quoi tu seras réuni à ton peuple » (Nombres 31, 2). De même, le peuple est commandé de « tuer tout mâle » (Nombres 31, 7), de prendre toutes les femmes, les enfants et tout le bétail (Nombres 31, 9), et de brûler les habitations et les villes des Madianites (Nombres 31, 10). Face à cet acte infâme, la vengeance d’Israël peut sembler particulièrement cruelle – à plus forte raison lorsque nous sommes requis d’accueillir dans la joie la sanctification du Nom qui s’est accomplie : « Le juste se réjouira quand il aura vu la vengeance » (Psaumes 58, 11) ; « le juste se réjouira » – c’est Moïse ; « quand il aura vu la vengeance » – c’est la vengeance de Midiane (Tan’houma, Matot, 4). L’embarras est manifeste : l’acte de vengeance est, aux yeux de la Torah, sans équivoque.

Or, pour un forfait semblable commis par les filles de Moab, Israël reçut l’ordre de ne pas se venger – bien plus, de ne leur faire aucune guerre ni de conquérir leur terre. Rachi en donne deux raisons : d’abord, les Moabites n’étaient intervenus que par crainte, redoutant qu’Israël ne les dépouille ; ensuite, Ruth – l’une des « bonnes colombes » (voir Rachi, ad loc.) – n’était pas encore sortie de ce peuple, si bien qu’on ne pouvait leur faire la guerre (Baba Qama 38b). C’est donc parce que Moab avait acquis des mérites par ses pères et ses filles qu’Israël ne pouvait encore accomplir à son endroit le décret de justice qui lui était pourtant dû. En raison de la proximité de Lot avec Abraham, la paix soit sur lui, il fut commandé à Israël de ne pas nuire à Moab :

« Hashem me dit : Ne moleste pas Moab, et ne t’engage pas en guerre contre lui, car je ne te donnerai rien de son pays en héritage ; c’est aux enfants de Lot que j’ai donné Ar en héritage » (Deutéronome 2, 9).

À première vue, lorsque les Moabites livrèrent leurs filles à notre peuple (Nombres 25, 1), ils auraient dû perdre ce mérite ; mais, ayant agi par crainte, ce mérite ne s’éteignit pas. Une fois Ruth sortie de ce peuple, lorsque le roi David, contraint de fuir Saül, se rendit auprès du roi de Moab, la vengeance finit par advenir : au moment où David sort vers la forêt de Hèreth, il tue le roi de Moab avec son père, sa mère et son frère (cf. I Samuel 22, 3-5). Ce n’est donc pas par excès de pitié que la vengeance ne s’accomplit pas immédiatement ; elle fut différée en raison d’un « moment historique » qui n’était pas encore venu.

On pourrait objecter : pourquoi ne pas avoir tué d’emblée tous les Moabites, en épargnant seulement la famille royale, ancêtres de Ruth ? Nos sages répondent : « Si l’on avait fait la guerre contre eux, le nom de leur royauté se serait éteint, et les ancêtres de Ruth et de Naama, même sauvés, seraient restés de simples gens du peuple ; or le Saint béni soit-Il a voulu que Ruth et Naama, en venant se convertir, viennent en tant que filles de rois, et non filles de gens du peuple, afin que leur conversion soit d’autant plus remarquable, et que la Klippa en soit d’autant plus soumise ; c’est pourquoi les deux nations conservèrent l’honneur de leur royauté » (Benayahou ben Yehoyada sur Baba Qama 38b).

Étant donné la diffusion de l’idée selon laquelle il existerait une distinction – voire une opposition – entre la vengeance de D.ieu, religieuse, et celle d’Israël, nationale, examinons un point supplémentaire : ces deux vengeances sont-elles véritablement distinctes, ou ne sont-elles qu’une seule et même chose ?

À première vue, la répétition « venge la vengeance d’Israël » indique l’existence de deux vengeances à tirer des Madianites : la première, pour l’honneur de D.ieu, qu’ils avaient tenté de détourner Israël de Son culte béni par la débauche et l’idolâtrie, et de souiller les âmes d’Israël, part de la divinité d’en haut ; la seconde, la vengeance de la mort des vingt-quatre mille morts d’Israël dans le fléau, par les ruses qu’ils avaient tramées contre eux (voir Torat Moshé, ad loc.). Il en ressort que ces deux vengeances agissent ensemble ; plus encore, selon Rachi, « qui se dresse contre Israël est comme s’il se dressait contre Hashem » (Nombres 31, 2). D.ieu nomme cette vengeance «vengeance d’Israël », tandis que Moïse, la paix soit sur lui, la nomme « vengeance de D.ieu ». Selon le sens simple, Hashem, par amour pour Israël, les honora en Lui attribuant la vengeance en leur nom ; et Moïse Lui répondit à sa mesure, en attribuant la vengeance au nom de D.ieu, qu’ils avaient irrité en faisant fauter Israël.

Afin de sanctifier le Nom des cieux et d’ajouter de la vie au peuple d’Israël, aucune autre réaction n’est envisageable de la part du royaume d’Israël envers nos ennemis. Les mots du Rav Kook zts”l sont sans ambiguïté : « À l’époque où tous les voisins étaient de véritables loups de la steppe, il était impossible qu’Israël seul ne fasse pas la guerre ; car alors ils se seraient rassemblés et auraient, à D.ieu ne plaise, anéanti leurs derniers survivants. Il fallait, bien au contraire, jeter la crainte sur ces sauvages, y compris par des conduites de rigueur, mais seulement dans l’aspiration à mener l’humanité vers ce qu’elle doit être — sans précipiter l’heure […] Et les mauvaises opinions, l’homme doit les surmonter par la force de son intelligence. Et s’il ne peut se les clarifier à lui-même, du moins, puisqu’elles causent une destruction dans la vie de la société, a-t-il le pouvoir de s’imposer de ne pas les répandre aux oreilles d’autrui, ce qui est chose praticable ; et en s’y tenant, il parviendra de lui-même à la reconnaissance de la vérité » (Iguerot Ha-Réya I, p. 100).

Puisse notre gouvernement avoir la sagesse de comprendre la nécessité de la vengeance, et d’agir en conséquence.

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  1. Afin de servir Hashem, il n’y a rien de plus optimal que de Le servir dans la joie, sans une…

  2. Excellent résumé de cette paracha CLÉ du passage de la lumière absolue symbolisée par Moché à celle cyclique de yoshua…

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