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“Tsafoun” et “Barech” – Derrière ce qui est visible, la Réalité authentique !

 

Le seuil des quinze marches

Il existe une architecture du cheminement intérieur. Dans le Temple de Jérusalem, on n’entrait pas d’un seul élan vers l’Autel – on montait, marche après marche, quinze degrés séparant le monde “profane” du monde révélé dans sa Sainteté. Sur chacune de ces marches, les Lévites chantaient l’un des quinze Chants des Montées que David avait composés. On ne gravissait pas les degrés mécaniquement : on s’arrêtait, on absorbait, on intériorisait le chant – et seulement alors on posait le pied sur la marche suivante.

Le Seder de Pessah est bâti sur ce même principe.

Ces quinze étapes ne sont pas un programme à expédier, mais une ascension spirituelle : à chaque seuil, quelque chose se libère en nous, une couche d’esclavage est ôtée, jusqu’à ce que, parvenu au dernier degré – “Nirtzah”, en adhésion totale avec Hashem, Le Bien-aimé -, l’Homme soit devenu, dans toute la mesure du possible, un être libre.

La 12e et la 13e marches dans ce processus sont nommées “Tsafoun” et “Barech”

Tsafoun – Le monde est un chiffre ?

Ce mot hébreu souvent traduit par “caché” ne signifie pas simplement ce qui est dissimulé, enfoui ou secret. Il désigne quelque chose de plus précis et de plus troublant : ce qui est visible à tous, mais dont le sens n’est perceptible qu’à celui qui connaît le code.

Imaginons un tableau noir sur lequel est inscrit “121”. Chacun est en mesure de voir ces chiffres mais ignore leur implication. Seul celui qui connait la valeur de ces trois symboles, correspondants aux lettres “aleph-beth-aleph” – c’est-à-dire Abba, “père” — lit le vrai message. Le chiffre est pourtant là, exposé, nu, et cependant opaque pour celui qui ne possède pas la clef. Telle est la nature du tsafoun : non pas une nuit, mais une transparence trompeuse.

Le monde fonctionne ainsi?

Lorsque les frères de Joseph arrivent en Égypte pour acheter du grain, ils vivent une scène dramatique : un haut fonctionnaire les accuse d’espionnage. Les condamnés à mort pour espionnage, dans les empires antiques comme dans les régimes modernes, implique d’être expéditivement exécutés sans procès. Mais le lecteur attentif de la Torah, lui, sait ce que les frères ignorent à ce moment-là : cet homme qui les menace n’est autre que Joseph, leur frère qu’ils ont vendu autrefois, et il cherche non pas à les détruire mais à les ramener à la téchouva, à la conversion intérieure. Deux réalités coexistent dans la même scène — celle, perçue par les protagonistes, et telle qu’elle est véritablement !

Comment des hommes de leur stature, des êtres proches de la prophétie, ont-ils pu être à ce point aveuglés ? La réponse est sévère : la faute rétrécit la perception. Plus l’homme s’élève spirituellement, plus il est capable de lire la réalité dans sa profondeur ; plus il s’alourdit de fautes, plus le monde lui apparaît comme une surface opaque, un décor sans envers.

Le voile de l’illusion

La Torah emploie une expression étrange pour dépeindre la garde postée à l’entrée du jardin d’Éden après l’expulsion d’Adam : “la flamme de l’épée tournoyante”

וַיְגָ֖רֶשׁ אֶת־הָֽאָדָ֑ם וַיַּשְׁכֵּן֩ מִקֶּ֨דֶם לְגַן־עֵ֜דֶן אֶת־הַכְּרֻבִ֗ים וְאֵ֨ת לַ֤הַט הַחֶ֙רֶב֙ הַמִּתְהַפֶּ֔כֶת לִשְׁמֹ֕ר אֶת־דֶּ֖רֶךְ עֵ֥ץ הַֽחַיִּֽים׃

Ayant chassé l’homme, il posta en avant du jardin d’Éden les chérubins, avec la lame de l’épée flamboyante, pour garder les abords de l’arbre de vie (Berechit 3, 24)

Rachi remarque que cette formule unique ne réapparaît qu’une seule fois dans toute la Torah : dans la scène où les magiciens de Pharaon font semblant de transformer leurs bâtons en serpents, créant une illusion par leurs sortilèges. Le même mot, לַ֤הַט – l’épée – désigne les deux.

La clef est là : l’épée tournoyante, c’est l’illusion de la réalité. Quand on fait tournoyer une lame très vite, l’œil voit un disque plein – là où il n’y a que du vide et du métal en mouvement. C’est ainsi que nos sens nous aiguillent à observer le monde : une surface cohérente, continue, convaincante, là où la réalité est infiniment plus complexe, plus profonde, plus réelle que ce que nous sommes en mesure de percevoir.

La vérité est très souvent voilée dans ce qui se tisse derrière les actes visibles.

Imaginons un homme sourd et aveugle assis dans une salle de cours animée. Il mange, sourit, vit – dans un monde parallèle. Il ignore que des voix retentissent à quelques centimètres de lui, que des idées circulent, que quelque chose de vivant se passe là. Maintenant, inversons l’image : supposons qu’un être dispose de sept sens là où nous n’en avons que cinq, et que l’un de ces sens supplémentaires soit la capacité de percevoir l’invisible. Nous serions considérés, alors, à juste titre comme étant les handicapés – installés dans un univers dont nous ne captons qu’une infime fraction.

La réalité, un mode de perception ?

Pendant que les frères vendaient Joseph, pendant que Jacob pleurait, pendant que Ruben se déchirait de culpabilité et que Juda fondait une famille Hashem était en train de préparer l’avènement messianique. Pendant que certains déploient leurs porte-avions, que d’autres se terrent dans des abris, que des missiles volent depuis le Liban — quelque chose d’autre se construit. Nous sommes en train de bâtir le Beit HaMikdash!

C’est exactement la dimension pédagogique transmise par Tsafoun durant cette nuit du Seder : ne soyons pas l’esclave des illusions véhiculées par le monde. Engageons-nous sur la voie de la liberté, aurons-nous la force de savoir décrypter cette vision tronquée et erronée !?  En aucun cas, nous n’aspirons à faire preuve de naïveté ou de cynisme, mais il nous incombe d’être attentif, en approfondissant notre entendement par l’étude et en refusant de prendre la surface pour le fond. L’homme libre est conscient de la présence d’un code qu’il lui importe de déchiffrer.

Barech – La bénédiction comme puissance créatrice!

La marche suivante sur le chemin de notre authentique liberté, Barech – bénis, est d’un autre ordre. Elle n’est pas contemplative, elle est active, exigeante. C’est un impératif !

Que signifie réellement bénir ?  Ce n’est certainement pas de souhaiter bonne chance à quelqu’un. Il s’agit, littéralement, d’accroitre l’expression de la Présence divine dans le monde. Lorsqu’un père bénit son fils le soir du Shabbat, il ne lui dit pas simplement “bonne chance”. Il lui dit, en substance : puisses-tu révéler davantage la lumière divine à travers ta vie. Puisses-tu être le lieu où Hashem se manifeste avec plus d’envergure !

Mais pour quelle raison Hashem Aurait-il “besoin” de la bénédiction de l’Homme ? En fait, et aussi étrange que cela puisse paraitre, il existe une réalité que l’Infini de par Son Essence “ne Peut Accomplir” Seul ! Il ne peut pas recevoir de lui-même ce qui ne vient que de l’extérieur. Pour qu’il y ait gratitude, il faut qu’il y ait Autrui. Pour qu’il y ait bénédiction reçue, il faut qu’il y ait un donneur qui ne soit pas soi-même.

C’est pour cette raison que le Monde fut créé.

L’homme façonné à “l’Image” d’Hashem

La majorité des spiritualités placent l’Homme dans une relation totalement annihilée face au divin. Dieu est parfait, complet, infini – et l’homme n’est qu’une poussière devant cette Plénitude. Que peut-il ajouter à la perfection ?

La Torah enseigne autre chose. Elle indique que le rôle de l’Homme est de transfigurer cette réalité en la transcendant. Dieu est la Source même de la perfection mais il importe aussi, selon l’expression même de la Volonté du Créateur d’être capable de révéler et accroitre cette Perfection dans Sa Création. Un père est complet en lui-même, mais l’enfant qui naît de lui ajoute quelque chose qui ne peut venir que de l’enfant. Ce que l’enfant déploie dans le monde – ses actes, ses découvertes, sa bonté – c’est une gloire que le père ne pouvait pas accomplir seul.

Le Maharal formule cela avec une rigueur métaphysique : sans ce qui émane de la source, la source elle-même est incomplète. La perfection ne se fige pas – elle s’élève, elle s’accroît. En s’efforçant sans faillir, nous avons l’immense privilège de saisir la perfection divine avec de plus en plus de profondeur. L’ataraxie, l’immobilité ne prodiguent pas l’épanouissement auquel l’Homme aspire mais seul le mouvement perpétuel vers l’infini est en mesure de l’accomplir!

 La liberté authentique

Ainsi, ces deux étapes situées quasiment à la fin du Seder consolident cette aspiration à l’authentique liberté en reconnaissant l’unité absolue du Projet divin.

Tsafoun nous a fait comprendre que le monde visible n’étant pas en pleine cohérence avec la réalité, nous nous devons d’apprendre à le décrypter si nous souhaitons être véritablement libre

Barech nous enseigne que cet apprentissage n’est pas passif mais décisif, il nous incombe d’être consciemment acteur dans le processus de la Revelation pleine de Son Nom. En agissant avec bonté et bienveillance, en formulant avec sincérité et équité chaque bénédiction, nous avons le privilège d’ajouter quelque chose d’irremplaçable à la réalité.

Quand l’esclave est rattaché exclusivement a ce qu’il voit, il subit indubitablement l’errance que lui expose la réalité, alors que l’Homme libre est conscient qu’une codification est préexistante à ce monde et qu’il a le pouvoir non seulement d’en révéler les secrets mais de les enrichir !

“Pessah Casher VeSamea’h”!

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  1. Afin de servir Hashem, il n’y a rien de plus optimal que de Le servir dans la joie, sans une…

  2. Excellent résumé de cette paracha CLÉ du passage de la lumière absolue symbolisée par Moché à celle cyclique de yoshua…

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