
* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]
(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)
La triple expression de Sainteté
Dans l’architecture spirituelle d’Israël, trois figures se dressent comme des colonnes de lumière. Abraham, débordant d’une activité divine qui émane de la sainteté céleste. Son mouvement perpétuel reflète celui du Créateur lui-même, car là où Dieu œuvre inlassablement, Abraham devient l’instrument de cette révélation dans le monde tangible.
Itshak incarne l’écoute parfaite. Témoin de la puissance paternelle, il choisit la réceptivité plutôt que l’initiative. Il ne cherche pas à créer de nouvelles voies, mais à approfondir le sillon déjà tracé. Cette passivité apparente cache une sagesse profonde : celle de l’humilité devant le dessein divin.
Jacob, Choisi pour affronter les Complications
Puis vient Jacob, que le Talmud nomme “le choisi parmi les pères”. Formule audacieuse, presque scandaleuse. Abraham et Isaac ne seraient-ils pas choisis aussi ? Le mystère se résout lorsqu’on comprend que Jacob incarne l’essence même de la paternité : engendrer des fils capables de poursuivre l’œuvre.
C’est lui qui donne naissance aux douze tribus, fondations d’Israël. Mais cette bénédiction arrive emballée dans des complexités infinies. Chaque naissance porte la marque d’un enchevêtrement : Ruben, né du malentendu entre Rachel et Léa ; Issachar, fruit d’un étrange marché aux mandragores. Les noms mêmes des enfants racontent des histoires de friction, de jalousie, de désir contrarié.
L’Enseignement des Tourments
Pourquoi cette multiplication des difficultés ? Parce que celui qui rêve d’une vie sans accrocs, qui s’imagine un chemin linéaire vers la réalisation, s’effondrera au premier obstacle véritable. Jacob nous enseigne une vérité essentielle : la sérénité absolue n’est pas le lot d’Israël.
Esaü hait Jacob, c’est une loi cosmique. Et jusqu’à ce que “les sauveurs montent sur le mont Sion”, jusqu’à ce qu’une “lumière nouvelle illumine Sion”, cette opposition demeurera. L’antagonisme révèle la grandeur. Un homme ordinaire ne connaît pas de complications majeures ; mais “celui qui est plus grand que son compagnon possède un penchant au mal plus puissant encore”.
Laban ou l’Extinction Totale
Laban représente une menace d’un autre ordre. Esaü voulait tuer Jacob par ressentiment ; Laban, lui, cherche “à arracher la totalité”. Certaines impuretés du monde acceptent qu’Israël conserve quelques traces de son identité. Mais Laban, dans sa lucidité terrible, comprend que si Jacob existe pleinement dans ce monde, lui-même disparaît. Deux univers incompatibles.
C’est Dieu seul qui arrête sa main meurtrière. Et pourtant, de cette hostilité extrême naîtront les fils d’Israël, formés dans le creuset de l’adversité.
Les Pierres du Pectoral
Le Grand Prêtre porte sur son cœur les noms des douze tribus gravées dans les pierres du pectoral. Symbole vertigineux : les haines internes à Israël dépassent parfois les conflits avec les nations. Le Talmud l’affirme : “La haine que les ignorants vouent aux érudits surpasse celle que les idolâtres portent à Israël.”
Chaque tribu possède sa propre vision, sa méthode. Les frictions sont inévitables, douloureuses. Mais le prêtre entre dans le Saint des Saints avec toutes ces pierres pressées contre son cœur, sans en omettre une seule. Message sublime : c’est précisément cette tension qui construit la sainteté. Sans elle, les rôles resteraient flous, les missions non définies. La haine force chacun à clarifier son essence, sa vocation.
La Symphonie Finale
Les prophètes voient l’avenir sous des angles différents. Mais viendra le jour où “les voix des guetteurs s’élèveront ensemble en chants de joie”. Toutes les complications, toutes les souffrances apparemment absurdes révéleront leur nécessité dans une harmonie éclatante.
Jacob ne se contente pas d’endurer les complications ; il engendre des fils eux-mêmes nés dans la complexité. On pourrait imaginer : d’abord Jacob surmonte ses épreuves, afin que les fils évoluent dans la paix. Non. Jacob et ses fils sont une seule et même réalité, une texture unique tissée de contradictions jusqu’à la fin des temps.
Le Retour des Égarés
“Un rédempteur viendra à Sion” : belle promesse, mais incomplète. Le verset continue : “et vers ceux qui se détournent de la transgression en Jacob”. Les fauteurs — non pas Esaü le violent, ni Laban l’exterminateur, mais les membres de notre Peuple qui se sont éloigner se devront de revenir.
“Quand tu verras l’âne de ton ennemi s’affaisser sous sa charge” : l’âne symbolise la matérialité. Certains s’enfoncent tellement dans le matériel qu’ils ne peuvent plus bouger, collés au sol. La tentation est grande de les abandonner. Mais le commandement résonne : “Tu ne pourras pas te détourner.”
Impossible d’ignorer aucun membre d’Israël. Même dans les situations les plus difficiles, il faut trouver des chemins pour maintenir le lien. Alors seulement “ceux qui se détournent de la transgression” reviendront vers Jacob.
L’Entrée dans le Beit HaMikdash
Nous entrons dans le service divin non pas malgré ces tensions, mais à travers elles. C’est ainsi qu’on ne se détourne de personne, que nous continuons d’avancer et de progresser, chacun a son niveau. Telle est la trajectoire de la naissance des tribus, leur connexion à Jacob dans notre parasha.
La prochaine parasha nous offrira un exemple saisissant et dramatique avec la confrontation entre Juda et Joseph. Deux frères, deux visions du monde, une opposition qui semble insurmontable. Jusqu’à la réconciliation finale.
En ces temps où tant de personnes doivent être élevées, ramenées vers le centre, souvenons-nous : c’est ainsi que le rédempteur viendra à Sion. C’est ainsi que nous verrons, avec l’aide divine, “le retour de Dieu vers Sion”.
La voie d’Israël n’est pas pavée de tranquillité, mais de frictions animées par la Sainteté du Projet Divin. Dans l’acceptation de cette vérité se trouve notre force.
[1] https://www.amichai-rubin.com/
Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs, né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.
Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.
Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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