1. Introduction
Le concept du “mauvais œil” n’est pas toujours bien saisi et parfois les gens se comportent de manière incohérente par crainte de ce mauvais œil. Bien entendu, on ne peut pas dire que la réalité du mauvais œil soit inexistante, du fait qu’en effet, celui-ci, est mentionné dans les paroles de nos Sages et est même codifié dans le Choulhan Aroukh (141, 6)
On peut appeler deux frères l’un après l’autre, et le fils après le père, mais on s’abstient à cause du mauvais œil.
En revanche, il nous importe, à travers ce modeste article, d’apporter, à l’aide de divers enseignements tirés de nos Maitres, de clarifier trois concepts :
- Le “mauvais œil” (Ayin Hara)
- “Qu’une personne n’ouvre jamais sa bouche au satan”
- “La bénédiction ne réside que dans ce qui est caché de l’œil”
Cet article, sans nul doute, ne prétend pas couvrir exhaustivement ce vaste sujet, mais, nous l’espèrons, donnera un éclairage et permettra de développer une direction de pensée, peut-être différente de ce qui est communément accepté.
Comme il est dit dans Pirké Avot (2,14):
Quelle est la mauvaise voie dont l’homme doit s’éloigner ? Rabbi Eliézer dit : le mauvais œil…
2. Le Mauvais Œil
La Jalousie
Dans la Guemara, (Baba Batra 2b) est tenue une discussion concernant la hauteur de la cloison entre deux voisins (dans un jardin, une cour, une vallée). Au cours de cette discussion, est rapporte le propos suivant :
“Rabbi Aba a dit au nom de Rav Houna, qui a dit au nom de Rav : Il est interdit à une personne de se tenir dans le champ de son voisin lorsque celui-ci est plein de récoltes.”
Rachi commente la raison de cette interdiction :
Afin qu’il ne lui cause pas de dommage par le mauvais œil.
Le Rambam a été interrogé par les Sages de Lunel [Igrot HaRambam, édition du Rav Shilat, p. 509] sur la raison pour laquelle le Rav a statué dans les Lois des Voisins [chapitre 2, 16] que dans un jardin (lieu où se trouvaient des cultures agricoles qu’une personne cultivait près de sa maison et non à l’extérieur de la ville), une cloison de dix téfahim (empans) suffit. N’est-il pas évident au regard des enseignements du Talmud que le dommage dans un jardin est plus grand que dans une cour ? Et si dans une cour, on a besoin de quatre amot (coudées), a fortiori dans un jardin ?
Dans sa réponse, le Rambam insiste sur le fait que les paroles des Maitres, selon lesquelles il est interdit de se tenir dans le champ de son voisin lorsqu’il est plein de récoltes “sont des paroles de piété, nécessaire afin d’éviter qu’une personne ne jette pas un mauvais œil sur son voisin”. Voilà pourquoi dans un jardin, une simple cloison de dix téfahim suffit, alors que dans une cour, on aura besoin de quatre amot, car là “le dommage est certainement grand, puisque la personne pourrait voir son voisin debout, assis et faisant ses besoins” (empêchant ainsi l’usage normal de la cour, car le propriétaire n’est pas à l’aise que son voisin l’observe pendant qu’il fait ses besoins privés).
Comment entendre l’intention du Rambam quand il dit “qu’il ne jette pas un mauvais œil sur son voisin” ?
Dans le traité Avot (2, 13), la michna dit :
“Il leur dit : Sortez et voyez quelle est la bonne voie à laquelle l’homme doit s’attacher ? Rabbi Eliézer dit : un bon œil… Il leur dit à nouveau : Quelle est la mauvaise voie dont l’homme doit s’éloigner ? Rabbi Eliézer dit : un mauvais œil… “
Le Rambam, dans son commentaire sur la Michna, explique :
“Un bon œil – c’est se contenter de ce qu’une personne possède, et c’est l’une des vertus morales. Et un mauvais œil – son contraire, c’est-à-dire que le beaucoup semble peu à ses yeux et il est avide d’en ajouter davantage.”
Selon ces enseignements du Rambam, le mauvais œil est, par conséquent, la jalousie et l’avarice d’une personne envers son prochain, et le dommage du mauvais œil est pour la personne jalouse elle-même, car le dommage causé par la jalousie est très grand, comme nous l’avons appris dans le traité Avot (4, 21) :
Rabbi Eléazar Hakapar dit : La jalousie, la convoitise et l’honneur font sortir l’homme du monde.
De même, il est rapporté dans le livre Hou Haya Omer (livre de Simha Raz – commentaire de Rabbi Arié Levin sur le traité Avot) au nom de Rabbi Arié Levin sur la michna dans Avot (2, 11) :
Rabbi Yehoshua dit : Le mauvais œil, le mauvais penchant et la haine des créatures font sortir l’homme du monde. ‘Le mauvais œil’ – c’est la jalousie. Car par la jalousie, il arrivera à la colère et à la fureur, et cela empêche sa propre perfection en nuisant à la santé du corps.
L’Influence Psychologique et Sociale selon le Maharal et R. itshak Abrabanel
(Baba Metsia 107a) “‘Et Hashem éloignera de toi toute maladie’ [Deutéronome 7,15]. Rav a dit : C’est le mauvais œil. Rav selon sa méthode, car Rav montait au cimetière, faisait ce qu’il faisait , et il a dit : Quatre-vingt-dix-neuf sont morts par le mauvais œil et un seul de mort naturelle.”
Rachi dans son commentaire inque que Rav savait murmurer sur les tombes et comprendre pour chaque tombe de quelle mort la personne était morte, si elle était morte à son heure ou par le mauvais œil
Le Maharal (Hidouchei Aggadot) approfondit, justement, concernant ce propos, face à celui qui pense qu’Hashem éloignera de toi toute maladie’ est une réfèrance au mauvais œil, c’est en raison du fait que ce mauvais œil soit animé d’une force brûlant, provoquant des dommages envers toute personnes victime des ses effets…
Comment interpréter ce “feu qui brûle” dont parle le Maharal ? Il y a un verset dans le Cantique des Cantiques (8, 6) qui exprime cette conception avec force!
Car forte comme la mort est l’amour, dure comme le cheol est la jalousie, ses flammes sont des flammes de feu…
Il apparait que les flammes de la jalousie sont comme les flammes du feu, c’est-à-dire que l’action de la jalousie est comme l’action du feu : elle sort d’un endroit et se propage, consumant ce qui est sur son chemin. Ainsi, selon les paroles du Maharal, le mauvais œil est essentiellement l’attribut de jalousie à son apogée. Par conséquent, on peut se permettre de dire que le mauvais œil est une force négative (la jalousie) qui sort de la personne, et son environnement peut être endommagé par cette force.
C’est avec cette semblable resonnance qu’au début de la paracha “Ki Tissa”, le Rav Itshak Abrabanel, nous oriente au sujet de la peste lors du recensement des enfants d’Israël :
“Et c’était une chose célèbre parmi les gens, le dommage provenant du mauvais œil, qui est comme ce qu’a écrit le philosophe : des vapeurs sortent de l’œil, des excédents que la nature repousse, et ceci de la personne à l’âme mauvaise et jalouse. Et à cause de la toxicité de ces vapeurs, elles agissent sur les choses prêtes à recevoir cette action, au point qu’il est possible que les gens meurent en les regardant…”
Comment ces “vapeurs des excédents” agiront-elles sur les choses prêtes à les recevoir ?! Nous ne sommes pas en mesure de comprendre la profondeur des ces enseignements, tout comme le stipule le Rachba (Responsa attribués au Ramban, 286) :
“C’est une question de philosophes, qui attribuent tout à la nature. Mais selon ce qui apparaît de la Parole Divine et du consensus des Sages de la Torah, ce n’est pas ainsi… soit des séguoulot (propriétés mystiques), soit des choses cachées dont la cause ne nous a pas encore été clarifiée. Et c’est ce qu’ils ont dit : ‘Une alliance est faite avec les lèvres.’ Et ils ont dit : ‘Que ce soit comme une erreur qui sort de devant le souverain, et l’âme de Juda est partie.’ Et beaucoup d’autres comme ceux-ci. Et c’est l’obstacle dans la malédiction, et le contraire dans la bénédiction…”
Et ainsi clame le Ramhal dans son traité sur les Aggadot :
Et sur tout cela, tu dois savoir que nos Sages, selon leur méthode, considèrent que les choses matérielles sont dirigées et affectées par des forces spirituelles de différents types, c’est-à-dire les anges, les démons et les esprits nuisibles. Et toutes les choses du monde inférieur sont mues par l’influence des supérieurs, et de même, les choses matérielles font une impression sur les spirituelles. Et celui qui ne connaît pas cette voie ne pourra jamais comprendre leur opinion du tout.
Protection Contre le Mauvais Œil
(Berakhot 20a) “Rabbi Yohanan avait l’habitude d’aller s’asseoir aux portes du bain rituel (mikvé). Il disait : Quand les filles d’Israël montent et viennent du bain rituel, qu’elles me regardent et qu’elles aient une descendance belle comme moi. Les Sages lui ont dit : Le Maître ne craint-il pas le mauvais œil ? Il leur a dit : Je viens de la semence de Joseph, sur laquelle le mauvais œil n’a pas de pouvoir, comme il est écrit (Genèse 49,22) : ‘Fils fécond est Joseph, fils fécond au-dessus de l’œil (alei ayin).’ Et Rabbi Abbahou a dit : Ne lis pas ‘alei ayin’ mais ‘olei ayin’ (qui surmonte l’œil). Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : [On apprend] d’ici (Genèse 48,16) : ‘Et qu’ils se multiplient comme les poissons au milieu de la terre’ – de même que les poissons dans la mer sont couverts par l’eau et le mauvais œil n’a pas de pouvoir sur eux. Et si tu veux, dis : Un œil qui n’a pas voulu se nourrir de ce qui ne lui appartient pas – le mauvais œil n’a pas de pouvoir sur lui. »
Nous apprenons ainsi, qu’il y a des personnes non endommageables par le mauvais œil, et cela lorsqu’elles possèdent l’une des caractéristiques mentionnées par la Guemara:
- Être de la descendance de Joseph
- Avoir les caractéristiques dont la descendance de Joseph a été bénie (“et qu’ils se multiplient… de même que les poissons dans la mer sont couverts…”)
- Être doté des caractéristiques de Joseph (“de même qu’un œil qui n’a pas voulu se nourrir…” – l’épreuve de Joseph avec la femme de Potiphar)
Le Rav Kook (Ein Aya Berakhot 20a) dit :
“Le mauvais œil en particulier est l’une des forces qu’une âme reçoit d’une autre par un lien caché entre elles. Parce que les âmes sont disposées à être affectées par les autres, nous voyons donc que celui qui marche avec les sages deviendra sage, et celui qui marchera avec les justes marchera sur leurs traces, et celui qui s’associe avec les méchants sera comme eux – parce que la nature de l’âme est d’être affectée par les autres âmes. Cependant, celui qui s’est renforcé et a rendu son âme forte pour qu’elle ne dévie en aucune manière du droit chemin, même si d’autres s’efforcent de déverser sur elle beaucoup de leurs influences, il a acquis une force dans son âme pour qu’elle soit forte et ne soit pas affectée par les autres – c’est pourquoi le mauvais œil n’a pas de pouvoir sur elle… “
Le Rav Kook distingue ainsi deux types de personnes : l’une qui a une “haute confiance en soi”, c’est-à-dire qu’elle sait ce qu’elle veut d’elle-même, est sûre de sa voie et n’est pas influencée par son environnement sans le vouloir, une qualité perceptible chez Joseph. Lui qui, parmi les Égyptiens (un peuple immergé dans l’immoralité), dans les quarante-neuf portes de l’impureté, a su demeuré. pendant vingt-deux ans, “Joseph le Juste”.
La seconde est reconnaissable à sa structure psychologique qui prône l’intériorisation. Une personne réservant ses pensées pour elle-même car son âme se situe plusieurs degrés “au-dessus” des âmes qui l’entourent. Et c’est de cette caractéristique que la descendance de Joseph a été choyée : “et qu’ils se multiplient comme les poissons au milieu de la terre” – ils sont comparés aux poissons couverts de l’œil de tout observateur.
Approche Contemporaine
Le Rav Moché Feinstein (Responsa Igrot Moché, Even HaEzer 3, réponse 26) écrit :
“Concernant le mauvais œil, il faut certainement s’en préoccuper, mais il ne faut pas être trop strict, car dans de telles conceptions, la règle est : celui qui n’est pas pointilleux (man delo kafid), on ne sera pas pointilleux avec lui [en retour] (lo kafinan behadei), … Mais je n’estime pas en cela qu’une jeune femme, en cohérence avec l’ordre naturel qui gére le monde, serait sujette au mauvais œil, et il ne faut pas être tatillon à ce sujet… Et aussi, seulement face à des realités inconcevables à la dimension naturelle selon laquelle le monde est geré (comme une femme âgée enceinte par exemple) il conviendrait éventuellement de s’en inquiéter, et non pour des choses courantes.”
Le Rav Ovadia Yossef (Responsa Yabiya Omer 2, 7, note 11) écrit :
“Et de même, au contraire, il semble logique que le mauvais œil aussi ait diminué à notre époque… Et il est expliqué qu’à cette époque (le Rav Ovadia fait référence à l’histoire dans Baba Metsia sur Rav – mentionnée ci-dessus), le pouvoir du mauvais œil était à son apogée. Et il est possible qu’aujourd’hui, la génération soit moins concernée par ce sujet, car “l’Autre Côté” (Sitra Ahra) se nourrit de la sainteté, et selon la force de la sainteté des premiers [sages], l’Autre Côté était beaucoup plus fort. Ce qui n’est pas le cas à notre époque, car nous nous sommes beaucoup affaibli.”
Le Rav Kook (Responsa Ezrat Cohen 6), enfin, fut interrogé sur la question de savoir s’il faille s’inquiéter du testament de Rabbi Yehuda “le Pieux” (HaHassid) qui ecrivit que deux frères ne devraient pas épouser deux sœurs à cause du “mauvais œil”:
“On peut dire qu’ils [ces conseils] n’ont pas été dits pour tous les temps. Et nous trouvons plusieurs évocations de “séguoulot” (propriétés mystiques) qui changent avec le temps ou avec le changement de lieux, comme l’ont écrit les Tossafot (Moed Katan 11a)… Car le mérite de la Terre d’Israël est très important pour protéger et sauver de tout fléau, et les forces du mal et les forces extérieures n’ont pas de pouvoir dans l’air de la Terre d’Israël. Et comme cela avait un sens dans les temps anciens, comme nous le disons dans Berakhot 44a : ‘Il y avait une ville en Terre d’Israël appelée Goufnit, et il y avait là quatre-vingts paires de frères cohanim mariés à quatre-vingts paires de sœurs cohanot’, et c’était grâce au mérite de la Terre d’Israël qu’il n’y avait aucune objection à cela… “
3. Qu’une personne n’ouvre jamais sa bouche au Satan
Nous avons appris, en outre, dans la Guemara (Ketouvot 8b),
… au nom de Rabbi Yossi : Qu’une personne n’ouvre jamais sa bouche au satan. Et Rav Yossef a dit : D’où [apprend-on] cela ? Comme il est dit [Isaïe 1:9] : ‘Nous aurions été presque comme Sodome.’ Qu’a répondu le prophète ? ‘Écoutez la parole d’Hashem, dirigeants de Sodome, etc.”
Le prophète décrit la destruction du pays et indique que cette destruction est comparable à la destruction de Sodome et Gomorrhe, et immédiatement dans le verset suivant, s’adresse au Peuple en les taxant d’être eux-mêmes Sodome et Gomorrhe.
Le Maharal (Hidouchei Aggadot) explique cet enseignement de nos Maitres:
“Cette chose est très clairement expliquée en plusieurs endroits, car l’existence est opposée au satan qui apporte le manque à l’homme. Et c’est pourquoi le satan, qui représente l’expression du Manque, ne peut pas dominer l’Homme qui est opposé à lui, car l’homme est intimement rattaché à l’existence quant le satan y exprime son antithése! Et lorsqu’il ouvre sa bouche au satan, alors le manque s’attache complètement à lui et le manque le domine, et cela semble limpide”
Il apparait que l’intention du Maharal est de saisir correctement que cette créature prénomée “Homme” est résolument substantielle (une partie de la Révélation de la Volonté d’Hashem portée en lui) et le satan, a contrario, nullement substantiel, réside en l’homme (avec “l’intention” – veine – d’abroger cette expression divine inscrite en l’homme). Le satan est le procureur, l’ange accusateur, l’expression du “mauvais penchant”, qui ne cesse d’interroger l’Homme sur la Justesse de Sa condition. Et au moment où une personne ouvrirait sa bouche au satan (l’intention étant d’affaiblir les forces de vie spirituelles et matérielles propres à l’homme par ses paroles négatives), il donnerait au satan, qui n’est pas substantiel et ne peut en aucun cas, se connecter veritablement avec quelque chose de substantiel, une ouverture (la bouche) pour se connecter avec la chose substantielle.
4. “La bénédiction ne réside que dans ce qui est caché de l’œil”
(Baba Metsia 42a) “Et Rabbi Yitshak a dit : La bénédiction ne réside que dans ce qui est caché de l’œil, comme il est dit [Deutéronome 28, 8] : ‘Hashem Ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers (ba’assamekha).’ L’école de Rabbi Ishmaël a enseigné : La bénédiction ne réside que dans ce qui est caché de l’œil, comme il est dit : ‘Hashem Ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers.’ Nos Sages ont enseigné : Celui qui va mesurer son aire de battage dit : ‘Que ce soit Ta volonté, Éternel notre Dieu, que Tu envoies la bénédiction dans l’œuvre de nos mains’… S’il a mesuré puis a béni, c’est une prière vaine, car la bénédiction ne réside ni dans ce qui est pesé, ni dans ce qui est mesuré, ni dans ce qui est compté, mais dans ce qui est caché de l’œil, comme il est dit : ‘Hashem Ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers.’”
Et Rachi explique :
Ba’assamekha – expression de chose cachée de l’œil.
Le Maharal (Hidouchei Aggadot sur Baba Metsia) enseigne que “la raison est connue, car l’œil est ce qui donne une limite à toute chose, et la bénédiction n’a pas de limite – c’est l’essence de la bénédiction”.
Selon les paroles du Maharal, l’œil par sa nature est limitée dans sa vision, tant dans sa portée de vision que dans le fait qu’elle n’est pas capable de voir tout ce qui l’entoure, comme l’indique d’ailleurs le Talmud (Berakhot 6a):
“Il a été enseigné : Abba Benjamin dit : Si la permission était donnée à l’œil de voir, aucune créature ne pourrait résister aux démons” (qui sont toujours autour de nous et nous ne pouvons pas les voir).
C’est pourquoi elle limite tout ce qu’elle voit, tandis que la bénédiction est elle-même l’abondance, car le mot “bénédiction” (berakha) vient de l’expression “bassin d’eau” (beikhat mayim), et un bassin d’eau déborde toujours d’eau !
Le Pné Yehoshua (Baba Metsia 42a) pose une question sur cette citation du verset [Malachie 3,10] :
Apportez toute la dîme à la maison du trésor… et je déverserai sur vous une bénédiction sans mesure…
N’est-il pas clair que la dîme est quelque chose de compté, car il n’y a pas de dîme sans mesure, poids ou compte, car on ne prélève pas la dîme par estimation ?! Et le Pné Yehoshua répond que le verset “et je déverserai sur vous une bénédiction sans mesure” parle de la récolte dont la dîme a été prélevée, car en vertu de la dîme prélevée, la récolte restante sera bénie, comme il est dit (Taanit) : “Prélève la dîme (asser) afin que tu t’enrichisses (titasher).”
Conclusion
Nous nous sommes éfforcées de clarifier trois concepts souvent mal compris : le “mauvais œil” (Ayin Hara), l’interdiction “d’ouvrir sa bouche au satan”, et le principe que “la bénédiction ne réside que dans ce qui est caché de l’œil”. Bien que le mauvais œil soit une réalité reconnue dans la tradition juive, l’objectif est d’offrir un éclairage pour éviter les comportements incohérents motivés par une crainte mal fondée.
- Le “mauvais œil” désigne essentiellement la jalousie et l’avarice qui nuisent d’abord à celui qui les éprouve, créant une force négative qui peut affecter son environnement, comme l’expliquent le Rambam, le Maharal et Rabbi Itshak Abrabanel.
Certaines personnes, comme les descendants de Joseph ou ceux dotés d’une forte confiance intérieure et d’une âme protégée, sont immunisés contre ce phénomène, et plusieurs autorités rabbiniques contemporaines estiment que son pouvoir a diminué à notre époque.
- L’enseignement “qu’une personne n’ouvre jamais sa bouche au satan” signifie qu’il ne faut pas exprimer de paroles négatives qui donneraient prise à la destruction, comme l’illustre le prophète Isaïe qui, après avoir comparé Israël à Sodome, voit cette comparaison se réaliser dans ses paroles mêmes. Selon le Maharal, l’Homme est intrinsèquement lié à l’existence et à la Révélation divine, tandis que le satan représente le manque et la négation ; en prononçant des paroles négatives, on donne au satan (non-substantiel) une ouverture pour s’attacher à la substance humaine et faire advenir le manque qu’on a verbalisé.
La bénédiction divine ne réside que dans ce qui est caché de l’œil et non mesuré, car l’œil impose par sa nature une limite à ce qu’il voit, tandis que la bénédiction (berakha, du mot “bassin d’eau”) représente l’abondance sans limite qui déborde.
- Selon le Maharal et le Pné Yehoshua, mesurer ou compter une chose l’enferme dans des limites finies, empêchant la bénédiction infinie de s’y manifester, raison pour laquelle il faut bénir avant de mesurer sa récolte et non après.
Que nous puissions toujours agir avec droiture, comme il nous est assuré, “Hashem ne refusera pas le bien à ceux qui marchent dans l’intégrité” (Psaumes 84,12), et ainsi avec Son Aide, nul doute que nous agirons et réussirons dans nos entreprises avec pour ultime finalité le succés indubitable de Son Projet!

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