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“Ki Tissa” – Confiance, Impatience et Élévation : le cœur d’Israël dans l’épreuve

* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]

(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)


I. Le fondement : les Pères et les Tribus

Dans le livre de la Genèse, nous rencontrons trois hommes animés de sainteté que le Rav Zvi Yehouda appelle en écho au prophète Isaïe: ceux qui regardent le rocher d’où ils furent taillés” — les trois Pères, Abraham, Isaac et Jacob, origines éternelles de tout commencement. D’eux procèdent les douze tribus, toutes saintes et justes. Leur importance est si grande que la Torah, dans la paracha précédente, ordonne que le Grand Prêtre porte sur sa poitrine le Hoshen gravé des noms des douze tribus, “en souvenir perpétuel devant Hashem”.

  לְזִכָּרֹן לִפְנֵי ה’ תָּמִיד

En souvenir perpétuel devant l’Éternel (Chemot 28, 29)

Le Rambam précise que, outre les noms des tribus, était également inscrit le terme שִׁבְטֵי יָ-הּ“les tribus de D.ieu” — car aucune des lettres des noms tribaux ne contenait la lettre ט, qui ne pouvait ainsi apparaître que dans ce mot. C’est par le scintillement de ces lettres que le Cohen recevait la réponse divine.

Voici un enseignement fondamental : le peuple d’Israël pourra compter des millions d’âmes, élever un État et forger une armée — mais à l’heure où s’élèvera le Temple, rien ne changera : le Hoshen sera là, avec les noms des tribus. Car il faut toujours apprendre des Pères. Sans les middotles vertus intérieures —, nulle valeur n’est possible. La Torah donnée peut elle-même provoquer des crises, et ce sont ces vertus qui permettent de les traverser.

  וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּיהוָה אֱלֹהֵיכֶם חַיִּים כֻּלְּכֶם הַיּוֹם

Et vous qui demeurez attachés à l’Éternel votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui (Devarim 4,4)

II. La Faute du Veau d’Or : l’impatience de l’âme

Dans notre paracha, observe le Rav, survient une explosion. Toutes les parashiot se construisent en paires — Térouma-Tetsavé d’une part, Vayaqhel-Pekoudé de l’autre. Entre ces deux couples de parashiot se dresse, seule, Ki Tissa une paracha unique, isolée, comme une blessure dans le tissu du texte.

Comment comprendre la faute du Veau d’Or ? En ce jour que le Cantique des Cantiques appelle “le jour de ses noces, ce jour du Don de la Torah — lorsque tout le peuple voit les voix et que le Sinaï tout entier frémit — que se passe-t-il ? Une catastrophe d’une effroyable portée.

  בְּיוֹם חֲתֻנָּתוֹ — זֶה מַתַּן תּוֹרָה

Au jour de ses noces — c’est le don de la Torah. (selon nos Sages) (Chir HaChirim 3, 11)

Le Rav suit la voie du Kouzari : la prudence s’impose. Selon Rabbi Yehouda Halévi et l‘Or HaHaïm HaKadoch, la faute du Veau d’Or ne fut pas une véritable idolâtrie. Mais elle demeure grave. Car un peuple à qui fut dit : “Vous qui demeurez attachés à l’Éternel vivez tous aujourd’hui”, ce peuple, dès qu’il perd de vue la voie vers D.ieu et ne sait plus où se trouve Moché Rabbenou, est foudroyé par l’impatience.

Le Rav Zvi Yehouda formule ici une loi universelle : l’impatience engendre “des crises de foi”. Celui qui veut que les choses divines s’arrangent vite, selon sa propre compréhension, s’égarera dans la foi — car la “foi” appartient à l’horizon, à la longue durée. Qui regarde trop court devient incrédule. Une seule fois dans l’Histoire, une seule fois, nous avons vu le prix de l’impatience. Celui qui cherche D.ieu dans la précipitation commence à se fabriquer des substituts.

  לֶךְ רֵד כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ

Va, descends, car ton peuple s’est corrompu. (Chemot 32,7)

Et Dieu dit à Moïse : Va, descends — il y a là une faute immense, non seulement ponctuelle, mais une fragilité qui se prolonge jusqu’à ce jour. Comme l’écrit le Rav dans ses Iguerot, sans la faute du Veau d’Or, toutes les nations auraient reconnu Israël et s’y seraient attachées. Mais parce qu’Israël a rompu sa propre adhesion à D.ieu, la blessure durera des générations. L’impatience peut générer des faiblesses qu’il faudra des années à réparer.

III. Moïse : la descente comme voie d’élévation

Au sein de cette crise surgit une autre crise encore : Moïse est “chassé des cieux”. La Guemara dans Shabbat raconte : lorsque Moïse monta pour recevoir la Torah, les anges s’y opposaient, proclamant qu’elle n’était pas faite pour les mortels. Moïse les vainquit et obtint l’autorisation. Or voilà que, lui qui venait de triompher des anges, s’entend dire par Hashem :

  לֶךְ רֵד כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ אֲשֶׁר הֶעֱלִיתָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Va, descends, car ton peuple que tu as fait monter du pays d’Égypte s’est corrompu (Chemot 32:7)

Que signifie “ton peuple” ? N’est-ce pas Toi qui les as fait sortir ? — Certes, répond D.ieu, mais tu les as élevés pendant cinquante jours pour qu’ils s’attachent à Moi, et tu as échoué. Donc je les anéantirai. Il faut une nouvelle nation, une nation croyante, sans impatience.

Mais Moïse ne cède pas. Car chez Moïse, toute descente est en vue d’une montée. Moïse ne craint pas les chutes. Il convoque alors un verset fondateur :

  אַל תִּקְרֵי בְּהִבָּרְאָם אֶלָּא בְּאַבְרָהָם

Ne lis pas ‘à leur création’ (be-hibaram) mais ‘par Abraham’ (be-Avraham) (Berechit 2, 4)

Moïse place les douze tribus sur son cœur — comme le Hoshen — et dit : de même que mon ancêtre Abraham, qui lui-même incarne la création du monde, s’est tenu debout face à Sodome, cette nation perverse, pour en plaider la cause, et qui, de cette terrible descente, a su faire jaillir la lumière messianique — car de Loth sortirent Ammon et Moab, et d’eux Ruth, et de Ruth le roi David —, de même moi, je dois agir.

וְאִם אַיִן מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ

Et sinon, efface-moi je t’en prie de Ton livre que Tu as écrit (Chemot 32,32) 

Moïse sait que la derekh eretz précède la Torah. Et la derekh eretz, c’est l’amour de toutes les créatures. Celui qui n’a pas cet amour manque de l’amour de la Torah. Celui qui peut se satisfaire d’une partie du peuple ne comprend pas ce qu’est la Torah. Car “Israël” contient soixante myriades de lettres : renoncer à Israël, c’est renoncer à la Torah.

Moïse surmonte l’épreuve et se révèle comme un Abraham accompli, magnifié — car il pénètre jusque dans le sanctuaire intérieur et dit à D.ieu : “Si Tu portes leur faute” — si au sens de lorsque — Si Tu portes leur faute”‘si’ au sens de ‘lorsque’ C’est un don absolu de soi. C’est l’explosion positive. Cela enseigne que la derekh eretz doit précéder la Torah.

פְּסָל לְךָ שְׁנֵי לֻחֹת אֲבָנִים כָּרִאשֹׁנִים

Taille-toi deux tables de pierre semblables aux premières. (Chemot 34,1)

Et aussitôt, D.ieu répond : “Taille-toi deux tables de pierre” — l’on continue. La blessure est là, mais l’Alliance se renouvelle.

IV. La prière de Moïse : le cœur d’Israël parmi les nations

Au milieu de la paracha, Moïse adresse à D.ieu une requête étonnante :

  וּבַמֶּה יִוָּדַע אֵפוֹא כִּי מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ אֲנִי וְעַמֶּךָ הֲלוֹא בְּלֶכְתְּךָ עִמָּנוּ וְנִפְלִינוּ אֲנִי וְעַמְּךָ מִכָּל הָעָם אֲשֶׁר עַל פְּנֵי הָאֲדָמָה

Et comment saura-t-on que j’ai trouvé grâce à Tes yeux, moi et Ton peuple ? N’est-ce pas en ce que Tu marches avec nous, que Tu nous distingues, moi et Ton peuple, de tous les peuples qui sont sur la face de la terre ? (Chemot 33,16)

Les Sages dans le traité Berakhot l’enseignent : Moïse demande ici — et s’il demande, c’est que la chose est essentielle —, il demande la discrimination. Que la Présence divine ne réside que sur Israël. Ce n’est pas indifférence envers les autres nations. Nous aiderons les nations en tout ce qu’elles ont besoin. Mais il y a une différence entre l’aide et la Chekhina. Ce n’est pas du racisme — c’est de la physiologie spirituelle.

Moïse raisonne ainsi : le corps humain a un seul cœur, et ce cœur irrigue tout l’organisme. Si D.ieu croit en ce peuple, malgré ses chutes, malgré son impatience — si D.ieu croit en moi comme émissaire —, alors je demande : que nous soyons le cœur, et nul autre peuple. Yehochoua (Josue) dira après quelques années :

  עָלֵינוּ לְשַׁבֵּחַ לַאֲדוֹן הַכֹּל… שֶׁלֹּא שָׂמָנוּ כְּמִשְׁפְּחוֹת הָאֲדָמָה

Il nous appartient de louer le Maître de tout… qui ne nous a pas faits semblables aux familles de la terre. (Liturgie du Aleinou)

Le cœur est vulnérable, mais sans lui, point de corps. Et après que D.ieu lui a promis cela, Moïse monte. Non seulement on l’avait chassé par “va, descends”, mais il ose se présenter avec des exigences — car il sait déjà que quand on descend, on monte. Et cette fois, c’est une montée sans descente, jusqu’à l’heure où “de Sion sortira la Torah”.

V. Conclusion : les lois de la chair, chemin vers l’esprit

Immédiatement après la faute du Veau d’Or, la Torah revient aux commandements. Des commandements qui touchent aux réalités les plus matérielles — jusqu’à ce verset du Deutéronome :

כִּי תְאַוֶּה נַפְשְׁךָ לֶאֱכֹל בָּשָׂר

Lorsque ton âme désirera manger de la viande. (Devarim 12, 20 )

La vision du végétarisme a été écrite — mais pour atteindre la vision, il faut d’abord travailler lentement. Travailler lentement, c’est accepter que si l’on doit manger de la viande, on le fasse avec délicatesse : on vérifie soigneusement le couteau pour qu’il n’y ait point de souffrance dans l’abattage. On recouvre le sang — car c’est une âme, et nous avons honte d’avoir dû tuer. On ne cuit pas le chevreau dans le lait de sa mère — car le chevreau est une créature que tu as tuée, et le lait est la bonté que tu lui as accordée ; on ne mélange pas la bonté et le meurtre.

Et l’on sait que cela prend du temps, avant que nous retrouvions un état où les vertus des Pères sont gravées en nous — sans pression, sans nervosité. Car les vertus sous pression, c’est l’absence de foi. Nous avons besoin de sérénité. La Torah a besoin de sérénité.

Ki Tissa n’est peut-être pas, chronologiquement, entre Tetsavé et Vayaqhel. Mais il est essentiel qu’elle s’y trouve — car avant de construire une Demeure permanente à D.ieu, Moïse se lève et clarifie : pourquoi et pour qui bâtissons-nous cette Demeure ?

La réponse :

pour un Peuple attaché à son D.ieu, un peuple qui a appris à descendre pour mieux monter, un peuple dont l’impatience est la blessure et la guérison à la fois. Un peuple qui est, dans le corps du monde, le cœur battant — vulnérable, irremplaçable.

[1] https://www.amichai-rubin.com/

Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs,  né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.

Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.

Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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  1. Afin de servir Hashem, il n’y a rien de plus optimal que de Le servir dans la joie, sans une…

  2. Excellent résumé de cette paracha CLÉ du passage de la lumière absolue symbolisée par Moché à celle cyclique de yoshua…

© 2025 By Rafael Attia

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