
* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]
(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)
L’Échelle de Jacob : Entre Terre et Ciel

Jacob se tient à la croisée des mondes. Son échelle ne touche pas terre — elle en indique seulement la direction :
“Une échelle dressée vers la terre, et son sommet atteignait le ciel” (Berechit 28,12)
סֻלָּם֙ מֻצָּ֣ב אַ֔רְצָה וְרֹאשׁ֖וֹ מַגִּ֣יעַ הַשָּׁמָ֑יְמָה
Car voici le secret : pour habiter véritablement la terre, la tête doit demeurer dans les cieux. Jacob personnifie Israël tout entier, contenant en lui les douze tribus et tous les destins futurs de son peuple.
“Avec Laban j’ai séjourné” (Berechit 32,5),
עִם־לָבָ֣ן גַּ֔רְתִּי
Ces mots résonnent d’une double vérité : non seulement il est demeuré intègre au sein de la corruption, mais les commandements eux-mêmes l’ont parfois mandaté de pénétrer dans la demeure du fourbe. Déjà Abraham avait mérité cette louange :
“Parce qu’Abraham a écouté ma voix et gardé mes observances, mes commandements, mes décrets et mes enseignements”
(Berechit 26,5)
עֵ֕קֶב אֲשֶׁר־שָׁמַ֥ע אַבְרָהָ֖ם בְּקֹלִ֑י וַיִּשְׁמֹר֙ מִשְׁמַרְתִּ֔י מִצְוֺתַ֖י חֻקּוֹתַ֥י וְתוֹרֹתָֽי
Car telle est la mission : élever même les sphères les plus corrompues, jusqu’à ce que le monde entier proclame : “L’Éternel, Dieu d’Israël, est Roi.”
Les Trois Chemins du Tikkoun (le plein accomplissement du Projet Divin)
Face à cette mission titanesque, trois voies s’ouvrent :
La patience, d’abord. Lorsqu’Ésaü propose de cheminer ensemble, Jacob répond :
“Je marcherai lentement” (Berechit 33,14)
אֲנִ֞י אֶֽתְנָהֲלָ֣ה לְאִטִּ֗י
Un sourire ne suffit pas à transformer la réalité. La Torah rappelle qu’”Ésaü hait Jacob” — cette vérité ancestrale exige contemplation.
L’humilité stratégique, ensuite. Les multiples prosternations de Jacob enflent la poitrine d’Ésaü d’une importance feinte. Parfois, le peuple doit s’incliner pour que les nations le reconnaissent. Non par faiblesse, mais par sagesse — un calcul minutieux pour élever la matière vers sa source divine.
La force, enfin. Quand le monde résiste à son élévation et profite de chaque descente pour nous y retenir, le combat devient nécessaire. Ainsi Jacob manie-t-il trois instruments : le présent, la guerre, et la prière. La prière garde la tête dans les cieux ; le présent marque les prosternations ; la guerre affronte la méchanceté sans frontières.
L’Affaire de Schem : Le Combat pour la Pureté
Deux visions du monde s’affrontent. Schem révèle l’abîme séparant l’âme juive de celle des nations. La matérialité pure, qui commence par le charnel et s’enfonce toujours plus profond dans la matière.

“Son âme s’attacha” (Berechit 34,3)
וַתִּדְבַּ֣ק נַפְשׁ֔וֹ [בְּדִינָ֖ה]
— mais la connaissait-il ? Avait-il sondé ses pensées, ses aspirations ? Non. Seul l’instinct commandait.
Le zèle de Shimon et Lévi n’était pas erroné. Jacob ne conteste pas leur cri. Ce qu’il tempère, c’est la méthode. Après l’indignation juste vient la patience stratégique :
“Il campa face à la ville” (Berechit 33,18)
אֲרָ֑ם וַיִּ֖חַן אֶת־פְּנֵ֥י הָעִֽיר׃
Il leur enseigna à frapper monnaie, à établir des bains publics — à bâtir lentement une société rectifiée. Car la protestation ne signifie pas la séparation ; elle signifie la transformation.
La pudeur est force ; la débauche, faiblesse. Être pudique, c’est être courageux, complet, conscient du lien entre corps et esprit. C’est ce que les Grecs tentèrent d’arracher, sachant que là résidait l’essence d’Israël.
Le Nom d’Israël : La Victoire Intégrale
“Il l’appela Dieu, Dieu d’Israël” (Berechit 33,20)
וַיַּצֶּב־שָׁ֖ם מִזְבֵּ֑חַ וַיִּ֨קְרָא־ל֔וֹ אֵ֖ל אֱ–לֹהֵ֥י יִשְׂרָאֵֽל
Ashem nomme Jacob “Dieu”! — car celui qui relie le ciel à la terre mérite ce titre. Comme le rouleau de Torah qui unit les mondes, Jacob porte le nom d’Israël :
“Car tu as lutté avec les puissances divines” (Berechit 32, 29)
כִּ֖י אִם־יִשְׂרָאֵ֑ל כִּֽי־שָׂרִ֧יתָ עִם־אֱ-לֹהִ֛ים
La sagesse n’est pas de vaincre simplement, mais de vaincre tout en demeurant relié simultanément aux cieux et à la terre. C’est le nom idéal, donné à celui qui sait accomplir cette union.
L’Appel de Notre Temps
Plus la réalité matérielle semble abandonnée, plus elle nous interpelle : Réveillez-vous ! Nul ne prend la responsabilité. Il faut se lever, intègres et purs. L’intégrité commence par chaque mot de la Torah, sachant comment le comprendre, comment l’appliquer.
Car seul celui qui demeure en intégrité parfaite avec le Divin peut opérer dans ce monde complexe. Où qu’il se trouve, il élève la réalité vers les hauteurs. Telle est notre mission : être l’échelle entre les mondes, jusqu’à ce que résonne partout : “À Ashem, appartient la véritable Royauté.”
[1] https://www.amichai-rubin.com/
Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs, né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.
Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.
Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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