
* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]
(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)
Le Chemin vers la Liberté Véritable
Le Rav Zvi Yehouda rappelle que quatre sabbats de l’année portent des noms particuliers : Techouva, Na’hamou, ‘Hazon et Chira. Ce dernier, le “Sabbat du Chant”, tire son nom du cantique immortel : “Alors Moïse et les enfants d’Israël chantèrent ce chant“(Exode 15,1). Pourtant, cette sainte mélodie ne constitue que le cœur d’une partition plus vaste, encadrée par des préliminaires et des développements qui en révèlent toute la profondeur.
La Libération : Un Processus en Trois Mouvements
La première partie de la Paracha narre la libération du Peuple d’Israël vers l’expression de la liberté éternelle. Il ne s’agit pas simplement d’extraire un peuple d’esclaves de leur servitude, mais de transformer ces serviteurs de Pharaon en serviteurs d’Hashem. Cette métamorphose exige d’abord une rupture totale avec l’esclavage — non seulement physique, mais spirituelle. Le récit dévoile ainsi les étapes nécessaires à cette émancipation : la fin de la servitude, puis la fente de la Mer Rouge [des Joncs], et enfin les préparatifs pour recevoir la Torah.
Le Shabbat : Premier Commandement de la Liberté

Quelle est la première mitsva révélée après la traversée de la mer ? “Là, Il lui donna loi et ordonnance, et là Il le mit à l’épreuve” (Exode 15,25). Rachi explique qu’il s’agissait d’éprouver Israël sur l’observance du Shabbat, à travers la manne qui ne tombait pas le septième jour.
Pourquoi cette épreuve porte-t-elle précisément sur le Shabbat ? Le Rav Zvi Yehouda dévoile ici un mystère fondamental : nous proclamons chaque semaine que le Sabbat n’a pas été donné aux nations du monde, mais uniquement à Israël, par amour. Nos sages enseignent même qu’un non-juif qui observe le Shabbat mérite la mort. Pourquoi cette exclusive ?
Rashi nous éclaire : pourquoi un non-juif cesserait-il son travail ? Sa vocation est de cultiver et bâtir le monde. Si les nations s’arrêtaient de travailler sans nécessité, elles représenteraient un danger pour l’humanité. Comme l’écrit le Rav Kook (Maamarei HaRaya) : “Si on leur accordait un jour de repos sans qu’ils aient besoin les uns des autres, ils deviendraient des sacrificateurs d’hommes“. Le travail les apaise. Pour Israël, en revanche, le Shabbat correspond à l’attribut de miséricorde, un temps où la compassion s’intensifie. Cela ne convient qu’à un peuple dont la nature est compatible avec le Shabbat — Israël, miséricordieux fils de miséricordieux.
Le Rav Zvi Yehouda en déduit que l’observance du Shabbat — “que nul ne sorte de sa place le septième jour” (Exode 16,29) — révèle que toute la Torah se concentre dans le Shabbat, car le Sabbat c’est la reconnaissance de notre dépendance envers Hashem. Ne rien faire et laisser Dieu prendre soin de nous : voilà toute la Torah — la relation entre le Créateur et Son peuple.
C’est la raison pour laquelle tel est le premier commandement.
Après avoir quitté l’esclavage d’Égypte et traversé la mer, Israël reçoit immédiatement cette première mitsva de dépendance divine — passant directement de l’esclavage à Pharaon à la servitude de Dieu, sans l’ombre d’une liberté intermédiaire.
La Faiblesse Comme Stratégie Divine
“Lorsque Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne le conduisit pas par le chemin du pays des Philistins, bien qu’il fût proche ; car Dieu dit : “Le peuple pourrait se repentir en voyant la guerre, et retourner en Égypte” (Exode 13,17). Le Rav Zvi Yehouda y voit une prophétie nécessaire pour toutes les générations — un principe qui touche toute l’existence. Dieu prend en compte les faiblesses humaines. Il sait transformer la réalité même à travers ces faiblesses.
Un peuple fraichement sorti d’Égypte, s’il entre immédiatement en guerre, Hashem Sait bien qu’il pourrait, par peur, émettre le souhait de retourner en Égypte! Aussi, Il énonce : “J’arrangerai la réalité de manière à progresser avec cette faiblesse, sans l’ignorer”. Il est parfaitement logique qu’après tant d’années de servitude, le peuple ait peur. Comment empêcher cette tentation du retour ? Dieu sait organiser la réalité même lorsque celle-ci n’est pas idéale.
Tout au long de notre Histoire, si l’on scrute des processus incohérents en apparence qui laissent place aux faiblesses, cette Paracha nous enseigne justement leurs pleine légitimité. Pour se libérer de l’esclavage, il faut parfois emprunter des chemins sinueux, car la finalité est d’autant plus grande. “Dieu ne le conduisit pas par le chemin du pays des Philistins”. Qui Sait tenir compte des faiblesses ? Dieu Lui-même! Mais — si cela Lui est permis, à nous cela est illicite. Aux dirigeants de la génération ceci est pris en consideration mais pas à notre niveau. Nous ne devons pas céder aux faiblesses. Nous devons agir selon l’idéal divin. Dieu Seul peut en décider autrement.
L’Intervention Divine : Endurcir le Cœur de Pharaon
Cette Paracha contient un autre thème fondamental: “l’intervention divine à cent kilomètres-heure” — “J’endurcirai le cœur de Pharaon” (Exode 14, 4). Habituellement, “tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel”, mais il existe des moments où Dieu exerce un jugement. Comme à Sodome, lorsqu’Il dit à Abraham : “Vais-Je cacher à Abraham ce que Je fais ?” (Genèse 18,17).
Dans les situations qui menacent le peuple d’Israël, Dieu intervient en dépit du libre arbitre et pousse Pharaon à se lancer à la poursuite d’Israël et à disparaître. Rabbi Yehuda Halevi écrit d’ailleurs dans son poème sur le Chant de la Mer : “Tu as noyé par ruse les pieds de la fille d’Anamim”. Par ruse ?! Oui ! Il existe des situations où Dieu pénètre dans les pensées des hommes, et lorsqu’ils veulent nuire à Israël, Il leur insuffle l’idée de partir au combat en premier — afin qu’ils périssent tous ensemble.
Ces principes précèdent la fente de la Mer Rouge, car il est crucial qu’Israël sache qu’avant de devenir serviteur de Dieu, une responsabilité est prise pour lui. Qu’il sache que si un coup est nécessaire pour protéger Israël, il sera donné, et s’il faut pénétrer l’esprit des nations, cela aussi sera fait.
La Sortie Perpétuelle
C’est la raison pour laquelle il est écrit : “Les enfants d’Israël sortaient la main haute” (Exode 14, 8) – au présent. Car à chaque instant, à travers toutes les générations, nous sortons d’Égypte car nous n’avons pas encore atteint l’authentique liberté insufflée par la Torah. Lorsque toute la nation décidera que seule la Torah est la lumière incandescente essentielle à ses prises de décisions, nous seons, alors, en mesure de dire que nous sommes totalement sortis d’Égypte.
À tout autre moment, nous sommes encore dans la sortie, car la véritable liberté, ce sont ces 613 commandements.
Le Miracle de la Mer : Révéler le Naturel Comme Miraculeux

Lorsqu’Israël pénètre sur la Terre de la Promesse, Rahav dit aux espions : “Nous avons entendu comment l’Éternel a desséché les eaux de la Mer Rouge devant vous” (Josué 2,10). De ses paroles se dégage que le grand miracle qui les a tant impressionnés était l’apparition de terre ferme là où se trouvait la mer. Ils furent stupéfaits par cette terre qui surgit. Cela semble incontestable, cependant le Maharal met en évidence que l’essence du miracle résidait en realité dans les eaux et non sur la terre ferme.
Que nous enseigne cette proposition ? Il y a trois étapes dans la fente de la Mer Rouge (des Joncs) : premièrement, “les eaux se fendent“(Exode 14, 21) ; deuxièmement, elles deviennent muraille — “les eaux leur formaient une muraille” (Exode 14,22); le liquide devient solide ; troisièmement, “la mer reprit son cours au matin” (Exode 14, 27) — soudain le mur redevient gouttelettes et chaque goutte retrouve sa place.
Le but de la fente de la Mer Rouge était unique : comprendre que ce que nous percevons comme naturel est en réalité miraculeux. Ce n’est donc pas le phénomène de la terre ferme qui constitue le miracle, mais le fait que ce qui semblait être de l’eau coulant naturellement se révèle couler miraculeusement.
Ainsi Dieu révèle à Son peuple que la nature elle-même est un miracle divin. Le miracle est l’âme de la nature ; il révèle ce qu’est véritablement la nature ordinaire que nous observons au quotidien.
Après avoir vu cela, les enfants d’Israël proclament : “L’Éternel régnera pour l’éternité” (Exode 15,18) – au futur. Après avoir saisi qu’à chaque instant, tout ce qui paraît naturel est en réalité divin, il n’existe en fait pas de nature autonome, mais tout l’univers est un miracle unique du haut jusqu’en bas. Rien ne fonctionne dans le monde sans la volonté de Dieu. D’où la conclusion : “L’Éternel régnera pour l’éternité”. Maintenant, il est vraiment possible de sortir de l’esclavage, lorsque l’on comprend que “l’Éternel régnera pour l’éternité”. C’est cela, sortir de l’oppression égyptienne.
C’est aussi ce qui est écrit : “Tu les as guidés par Ta force vers Ta sainte demeure” (Exode 15,13) – le Peuple d’Israël arrivera en Terre d’Israël, et là “Tu les amèneras et les planteras sur Ta montagne d’héritage”. Le but ultime est l’établissement de notre nation qui démontrera qu’elle sait vivre, non pas esclave de la nature, mais rattachée indubitablement, dans l’accomplissement de ses missions variés, à Dieu.
Amalek : L’Éternelle Opposition
C’est exactement ce qui insupporte au plus haut point Amalek ! Nous ne lui avons pas demandé d’eau, nous ne lui avons rien demandé. Il existe, en effet, des nations qui ne veulent pas de la royauté divine — ni de la royauté d’Israël, ni de l’esprit d’Israël, ni de la présence divine en Israël, ni de la sainteté d’Israël, ni de la Terre d’Israël, ni de la Torah d’Israël, ni de tout ce qui appartient à Israël. Elles partent ainsi en guerre contre nous.
Cela fut et cela sera : “Guerre de l’Éternel contre Amalek de génération en génération”(Exode 17,16) C’est pourquoi il existe un commandement de l’effacer. Autant Hashem offre l’opportunité aux sept nations cananéennes d’abandonner l’idolâtrie et de devenir des Hommes respectables, autant avec Amalek cela demeure inconcevable.
La Manne : Nourriture Divine
On a pris l’habitude de la consommer jusqu’à notre arrivée “en terre habitée”. Nous pouvons nous interroger sur la raison qui fait qu’en nous introduisant dans notre Patrie, la manne n’est désormais plus nécessaire. “L’air de la Terre d’Israël rend sage” (Baba Batra 158b) – les fruits de la terre révèlent cette création unique qu’on appelle le Peuple d’Israël, Son Peuple.
Voici le postulat essentiel, de nos jours, au nom duquel le peuple d’Israël s’accroche à sa terre. Et avec Son Aide, Sa Torah se révèle de plus en plus lumineuse dans notre pays, en tous lieux. Et plus nous nous souviendrons que “l’Éternel régnera pour l’éternité”, plus nous mériterons “l’Éternel est mon miracle” — de voir que Dieu est là, avec nous, guidant tout.
Conclusion : Le Chant au Centre
Le Chant de la Paracha se trouve au milieu, entre la fin de l’esclavage et la grande prise de conscience de qui est le peuple d’Israël. Cette prise de conscience, le Chant lors de la fente de la mer a réussi à la créer. C’est pourquoi ensuite le peuple d’Israël a pu passer au commandement du Shabbat — la mitsva la plus naturelle pour le peuple d’Israël.
[1] https://www.amichai-rubin.com/
Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs, né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.
Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.
Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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