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Parachat Matot-Massei : la Torah comme chemin de vie

* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]

(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)


I. La joie d’un livre achevé

Dans sa lecture de la Parachat Massei, le Rav Tsvi Yehouda rappelle l’enseignement d’Abayé dans le traité Shabbat : lorsqu’un disciple des sages achève un traité, on fait un jour de fête pour les sages.

כי חזינא צורבא מרבנן דשלים מסכתא עבידנא יומא טבא לרבנן

« Lorsque je vois un disciple des sages achever un traité, je fais un jour de fête pour les sages » (Talmud Bavli, Shabbat 118b–119a)

De même, l’achèvement d’une partie de la Torah doit être marqué par la joie. Or c’est précisément le livre des NombresBamidbar, littéralement « dans le désert » – que le Rav Tsvi Yehouda choisit de célébrer ainsi. Ce livre traite de la parole divine qui nous accompagne בדרך, sur le chemin. Car dès lors que Hashem nous a placés dans ce monde, il est évident qu’il y aura un chemin, et que ce chemin ne sera pas simple. Et puisque le Maître du monde nous a créés comme Son peuple, comme le troupeau de Son pâturage (amo vetson mear’ito), il ne peut exister de segment de notre lien à ce monde où Hashem serait absent. Une telle réalité n’existe pas : partout où le Maître du monde place le peuple d’Israël, là – sans exception – Il se trouve avec nous, et là Il nous parle, sur le chemin.

II. Le chemin comme nécessité spirituelle

Le Rambam, dans les Hilkhot De’ot (chapitre IV, consacré aux questions de santé), explique que puisque l’homme doit servir D.ieu dans la plénitude de toutes ses forces et de toutes ses aspirations, et qu’un homme malade ne peut servir D.ieu pleinement, il devient nécessaire d’écrire un chapitre sur la préservation de la santé – chapitre spirituel autant que médical.

De même, puisqu’il existe un chemin dans ce monde, il fallait un livre entier sur la manière de servir D.ieu en chemin – car le service doit être total. C’est pourquoi Hashem Rédige le livre des Nombres. Celui qui prétendrait ne pas avoir besoin de savoir préserver sa santé témoignerait d’une incompréhension terrible de la vie humaine – comme celui qui partirait au désert sans eau. Comment servir D.ieu si l’on néglige le corps, condition pour que l’âme puisse s’y manifester dans toutes ses forces ?

Nous nous réjouissons donc à l’achèvement du livre des Nombres : heureux sommes-nous qu’Hashem ne nous ait pas jetés dans un monde complexe sans nous laisser un livre-guide.

III. Une Torah parfaite qui restaure l’âme

תּוֹרַת ה’ תְּמִימָה מְשִׁיבַת נָפֶשׁ

« La Torah de l’Éternel est parfaite, elle restaure l’âme » (Tehilim 19,8)

C’est précisément lorsqu’elle est tamim, intègre et sans faille, qu’elle restaure l’âme. Le Rav Tsvi Yehouda insiste : le premier principe est de faire entendre à ses propres oreilles ce que sort sa bouche. Ce n’est pas seulement une exigence de la prière – savoir ce que l’on prie – c’est une exigence radicale sur la parole en général. Si nous parlons, il faut faire sortir de la bouche des paroles de vérité et les écouter vraiment. Des paroles de vérité, ce sont des paroles de D.ieu véritables – ni falsifiées, ni douteuses. Celui qui écoute sa propre prière la précise ; celui qui écoute son étude la précise. Ainsi la vie se remplit de bonheur et de douceur. Mais là où la Torah manque, l’attention manque aussi – car pour être attentif, il faut être rempli d’une Torah qui parle de chaque étape, de chaque parcours. Ce n’est qu’en ayant beaucoup étudié et beaucoup écouté que l’on saura quoi faire, en toute situation, en tout événement.

Nous devons savoir comment D.ieu construit notre monde – savoir que sur le chemin (baderekh) comme dans les lieux cachés (bemistarim), D.ieu marche avec nous. Voilà une réponse qui résout mille questions, mais seulement pour celui qui étudie cette Torah parfaite.

Ceux qui n’ont pas trouvé de vérité dans la Torah – leur vie n’en est pas vraiment une. La Torah de D.ieu, quand elle est intègre, restaure l’âme ; incertaine et non vérifiée, elle ne fait pas ce bien.

IV. La fourmi, l’instinct et l’intelligence

‘מָה גָּדְלוּ מַעֲשֶׂיךָ ה

« Que Tes œuvres sont grandes, Éternel ! » (Tehilim 92,6)

Rabbi Yohanan, en voyant une fourmi, s’exclamait ainsi. Car la fourmi est matière – et voici que cette matière se met soudain à bouger. Et pas n’importe comment : si on lui place un obstacle, elle le contourne. Quelle force de vie loge dans une chose aussi minuscule ! Elle possède un instinct pour savoir où aller et comment contourner.

Mais chez l’homme, la force de vie ne s’exprime pas par l’instinct – c’est un niveau trop bas. Chez Israël, elle s’exprime par l’intelligence :

אַתָּה חוֹנֵן לְאָדָם דַּעַת

« Toi qui accordes à l’homme la connaissance » bénédiction de Chonen HaDa’at, Amida

L’instinct existe, mais il ne nous détermine pas. Hashem est « רוֹפֵא כָל בָּשָׂר וּמַפְלִיא לַעֲשׂוֹת »Celui qui guérit toute chair et fait des merveilles (bénédiction d’Asher Yatsar) Celui qui noue le spirituel au matériel. Il est appelé « מֶלֶךְ חָפֵץ בַּחַיִּים » — Roi qui désire la vie (liturgie des grandes fêtes) : Il n’est pas seulement vivant, Il désire la vie. La Torah, parole de D.ieu, nous enseigne donc comment relier le spirituel et le matériel.

V. La maison et le chemin

בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶּרֶךְ

« Quand tu es assis dans ta maison et quand tu marches en chemin » Devarim 6:7, Chema

Hashem Se trouve autant dans l’un que dans l’autre. Car la nouveauté de l’homme, c’est que l’esprit est relié au corps. Il y a un esprit qui nous anime au sein de la maison, et il y a un esprit qui nous anume durant le chemin. Celui dont l’esprit n’est pas relié au corps n’a pas de vie véritable, même s’il a un chemin — comme une fourmi qui ne pourrait aller ni à droite ni à gauche : elle est déjà morte, sa force de vie inopérante.

C’est pourquoi un livre entier de la Torah traite de la manière de préserver ce lien essentiel et nécessaire — y compris lorsque nous sommes en chemin.

VI. Hériter la terre, sans relâche

Après le récapitulatif des étapes du désert vient le commandement sur lequel le Ramban fonde la mitsva de peuplement de la Terre d’Israël (yishouv Erets Israël) :

וְהוֹרַשְׁתֶּם אֶת הָאָרֶץ

« Vous déposséderez le pays » (Bamidbar 33,53)

Non pas seulement alors, mais toujours ! C’est vous, en permanence, qui gouvernez, qui conquérez. Et D.ieu avertit :

וְאִם לֹא תוֹרִישׁוּ אֶת יֹשְׁבֵי הָאָרֶץ מִפְּנֵיכֶם… וְצָרְרוּ אֶתְכֶם

« Si vous ne dépossédez pas devant vous les habitants du pays… ils deviendront pour vous des ennemis » (Bamidbar 33,55–56)

Vous en souffrirez. Car celui qui laisse aux nations un pied sur la Terre d’Israël, en position de maître des lieux, s’expose à ce qu’elles se lèvent en guerre contre lui.

Le Ramban écrit cela précisément parce qu’à la fin de Parachat Massei, on entre déjà dans le pays, en “Transjordanie orientale“. Là aussi il y a un travail : d’abord vider le pays de l’idolâtrie, ne lui laisser aucune place sur le sol d’Israël. Et ce n’est qu’une fois la terre purifiée qu’arrive une paracha des plus étranges – celle du meurtrier par mégarde et des villes-refuges.

VII. Les villes-refuges : l’unité qui inclut la faille

Il existe, au sein d’Israël, des chutes — non pas un meurtre volontaire, à D.ieu ne plaise, mais par mégarde (beshgaga). Et pourtant, Israël demeure un peuple un :

אַתָּה אֶחָד וְשִׁמְךָ אֶחָד וּמִי כְעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ

« Tu es Un et Ton Nom est un, et qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique sur la terre »

(Chemouel II 7:23 ; Divré HaYamim I 17,21 — liturgie de Min’ha de Chabbat)

On pourrait croire que le retour d’Israël sur sa terre exigerait que tous ses membres soient devenus spirituels, purs et intègres. Or le Rav Tsvi Yehouda enseigne l’inverse à partir de la paracha des villes-refuges : dès l’entrée en Terre d’Israël, il faut déjà établir des villes-refuges. Pour qui ? Pour des justes purs ? Ils n’en ont pas besoin. Mais lorsque les forces du peuple se rassemblent pour former une nation unique sur la terre, il peut y avoir des membres imparfaits, pas tout à fait purs — et pourtant, sans eux, il n’y a pas de corps. On les installe donc dans les villes-refuges, en Terre d’Israël même. Ils nous appartiennent, ils sont partie intégrante de nous. Personne n’a jamais dit que le retour à la Terre d’Israël devrait attendre que tous soient irréprochables ! Bien au contraire : c’est en Terre d’Israël, peu à peu, que le peuple se lie et se sanctifie. C’est ainsi qu’on entre dans le pays — avec des villes-refuges. Les villes-refuges ne sont pas un simple lieu ; elles sont destinées à un public complexe dont la place est malgré tout parmi nous. On ne dit pas à un Juif compliqué de quitter le pays !

VIII. Les filles de Tselofehad : chaque membre à sa place

Une nation unique sur la terre est la base – c’est pourquoi tous sont nécessaires. Mais chaque membre doit être à sa place propre : ce n’est pas un simple assemblage de membres. Pour qu’un membre soit un membre à part entière, il lui faut un territoire qui lui appartienne, auquel il appartient.

Concernant les filles de Tselofehad (Bamidbar 36), nous voyons que si l’on ne contraint certes pas les mariages, une seule chose est demandée : des unions à l’intérieur des tribus :

וְלֹא תִסֹּב נַחֲלָה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל מִמַּטֶּה אֶל מַטֶּה

« Et l’héritage des enfants d’Israël ne passera pas d’une tribu à une autre » (Bamidbar 36,7)

Car chaque membre a besoin de sa spécificité propre, et doit donc demeurer à la place qui lui est destinée. Mais dans le même souffle, il est dit aussi :

לַטּוֹב בְּעֵינֵיהֶם תִּהְיֶינָה לְנָשִׁים

« Elles seront femmes de qui bon leur semblera » (Bamidbar 36,6)

Même Bilaam le méchant voit Israël « שֹׁכֵן לִשְׁבָטָיו »demeurant selon ses tribus (Bamidbar 24,2), un étendard au-dessus de chaque camp. Voilà la véritable unité – non pas un mélange confus. Lorsque chaque tribu apparaît dans sa splendeur propre, alors « וַתְּהִי עָלָיו רוּחַ » – et l’esprit fut sur lui. Lorsque chaque Juif est sur sa terre et chaque tribu dans son lot, « וַתְּהִי עָלָיו רוּחַ אֱלֹהִים » — et l’esprit de D.ieu fut sur lui (Bamidbar 24,2). Ainsi s’achève le livre des Nombres – c’est l’accord final.

Puisse le Temple être rebâti bientôt, de nos jours, amen.

Parachat Massei tombe toujours pendant les Bein HaMetsarim — « entre les détresses ».C’est ainsi que l’on sort de l’étroit : c’est ainsi que l’on monte vers la Montagne.


[1] https://www.amichai-rubin.com/

Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs,  né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.

Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.

Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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  1. Afin de servir Hashem, il n’y a rien de plus optimal que de Le servir dans la joie, sans une…

  2. Excellent résumé de cette paracha CLÉ du passage de la lumière absolue symbolisée par Moché à celle cyclique de yoshua…

© 2025 By Rafael Attia

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