Si des cours audios sont disponibles, ils seront avant les vidéos.
Plus bas, vous avez les cours vidéos.
Lorsque la source du cours est disponible, elle est téléchargeable avec un lien cliquable sous la vidéo

“Vaykhel-Pekoudei” – Bâtir l’Expression de la Sainteté – Réflexions sur le travail, la Demeure et l’Ame d’Israël

* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]

(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)

I. Paracha Vayaqhel — La Sainteté du Travail

Il existe une tension fondamentale au cœur de la condition humaine : entre l’acte et son sens, entre la matière et son origine divine. Le Rav Zvi Yehouda Kook nous enseigne que les parashot de Vayaqhel et Pekoudei représentent la concrétisation du commandement divin par la main de l’homme — la Parole céleste descendant enfin dans la réalité tangible.

Le sens véritable de la Mélakha

La Torah ordonne : “שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲשֶׂה מְלָאכָה” – “Six jours tu accomplira l’œuvre” (Exode 35, 2). Or ce commandement n’est pas une simple invitation au labeur quotidien. Le premier lieu dans la Torah où apparaît le mot mélakha est précisément dans le contexte du Mishkan — et cela n’est pas fortuit. La mélakha authentique naît de l’expression de la Sainteté et rayonne vers l’extérieur. Construire le Mishkan, c’est la mélakha par excellence ; et de cette œuvre fondatrice découlent toutes les autres : l’État, l’armée, les institutions de santé. Tout cela vient servir l’œuvre centrale — מְלֶאכֶת הַקֹּדֶשׁ, l’œuvre comme expression de cette Sainteté.

Ainsi, toute activité humaine n’acquiert sa véritable valeur que dans son rapport a l’expression de cette Sainteté. La valeur de Tsahal, par exemple, se mesure à l’aune du צְבָא הַלְוִיִּםl’armée des Lévites — qui servait au Mishkan. L’un éclaire l’autre, et sans cet éclairage, l’œuvre profane perd son âme.

La différence entre l’œuvre et la servitude

Il convient ici de distinguer deux réalités que la langue hébraïque différencie avec finesse : mélakha (l’œuvre) et avoda (le travail, mais aussi le service). L’avoda recèle un danger : elle peut n’être que servitude — עֶבֶד, esclave — asservissement au salaire, à un maître de chair et de sang, une vie où l’on ne voit jamais sa maison. En revanche, עֲבוֹדַת הַקֹּדֶשׁle service divin — est un acte de création. Bezalel et Oholiab ne suivaient pas des ordres mécaniques ; ils créaient, animés par la question permanente : Comment le Nom divin se révèle-t-il dans ce que je fais ?

La Mishna dans les Avot proclame : “כָּל תּוֹרָה שֶׁאֵין עִמָּהּ מְלָאכָה סוֹפָהּ בְּטֵלָה”“Toute Torah sans œuvre finit par être annulée” (Avot 2, 2). La Torah n’est pas une abstraction suspendue dans les airs ; elle exige de descendre dans la vie, de l’équilibrer, de l’habiter.

Le Shabbat comme axe du monde

C’est le Shabbat qui révèle la hiérarchie véritable du temps. Si l’expression de la Sainteté était secondaire, pourrait-elle arrêter six jours de labeur ? Ce jour unique qui suspend tout témoigne de sa centralité absolue : שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן לַה’“Sabbat de sabbats pour l’Éternel”. Le Shabbat est l’axe autour duquel tourne toute la semaine, le point fixe qui donne sens au mouvement.

La trajectoire d’Israël dans l’histoire s’articule sur cet axe : מִצְרַיִם — הַמִּדְבָּר — יְרוּשָׁלַיִםde l’Égypte (servitude) à Jérusalem (service divin), en passant par le désert. Le Shabbat est la boussole de ce voyage ; il réinitialise la pensée et maintient le lien permanent avec l’expression de la Sainteté, même au cœur de l’errance.


II. Paracha Pekoudei — La Demeure “permanente” et la Demeure “provisoire

La continuité entre Exode et Lévitique

À l’achèvement du livre de l’Exode, le Rav Zvi Yehouda Kook rappelle qu’en terminant, on ne se sépare pas — on déclare Hadran alakh : “נָשׁוּב אֵלֶיךָ”“Nous reviendrons vers toi”. Et plus encore : les livres de l’Exode et du Lévitique forment un tout organique autour d’un seul verset fondateur : “וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם” – Ils Me feront un Sanctuaire et Je résiderai parmi eux (Exode 25, 8).

L’Exode parle de la Présence divine à travers l’édifice et les ustensiles ; le Lévitique, à travers les hommes qui y servent et les offrandes.
Bétokham” — Au sein du peuple

Que signifie ce בְּתוֹכָם – parmi eux ? Non pas parmi chaque individu pris isolément, mais au sein de la nation dans son ensemble. Depuis le Don de la Torah au Sinaï, chaque événement traversé par le Peuple Juif à travers les générations révèle ce qu’Hashem lui a transmis ce jour-là. Chaque juif est un maillon de cette révélation continue. C’est pourquoi “חַיֵּי עוֹלָם נָטַע בְּתוֹכֵנוּ” – Il a planté en nous la vie éternelle – désigne la Torah enracinée non dans l’individu seul, mais dans l’âme collective de la nation.

Le Mishkan, demeure provisoire vers la demeure éternelle

Le Roi Salomon appelle le Temple [Beit HaMikdash] “מָכוֹן לְשִׁבְתְּךָ עוֹלָמִים” – Demeure établie pour Toi pour l’éternité (I Rois 8, 13). Mais avant d’atteindre cette Demeure permanente, le Peuple porte le MishkanDemeure provisoire, itinérante. Ce n’est pas une concession ; c’est une nécessité profonde. Accepter le joug du Royaume des Cieux – קַבָּלַת עֹל מַלְכוּת שָׁמַיִם – vaut aussi bien dans la stabilité que dans la précarité.

Le Mishkan intérieur que chaque juif porte en lui est ce qui l’oriente vers la Terre de la Promesse et vers la Construction du futur Beit HaMikdash!
L’Arche, l’âme du Sanctuaire

Lorsque le Mishkan est érigé, c’est l’Arche qui est installée en premier. Elle est נִשְׁמַת כָּל הַמִּקְדָּשׁ — l’âme de tout le Sanctuaire. Sans elle, l’édifice n’est qu’un corps vide. Le Saint des Saints [Kodesh HaKodeshim] est le siège de cette âme ; de là rayonne le Qodesh vers la Menorah (la lumière-sagesse) et vers la Table des pains (la matière-subsistance).

La Menorah illustre cette vérité : sa lumière jaillit du Saint des Saints vers le reste du Sanctuaire. Tout ce qui a sa source dans la Torah est Lumière ; ce qui n’ai pas rattaché a cette source n’est pas sanctifié, aussi beau soit-il extérieurement – comme un rouleau de Torah magnifiquement orné dont les pages intérieures seraient du papier ordinaire.

Quant à la Table – לֶחֶם פָּנִים לְפָנַי תָּמִיד – Le pain de présence devant Moi en permanence (Exode 25, 30) – elle exprime la subsistance, la vie matérielle. Mais cette vie matérielle ne s’éveille que par l’âme : עִם רוּחִי גְּוִיָּתִי – avec mon âme, mon corps – c’est l’âme qui se lève la première et qui dit au corps : lève-toi, nous avons une œuvre à accomplir.

La grandeur d’Israël

Le Rav conclut en évoquant cette vision prophétique : Dieu dit à Abrahamוְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל – Je ferai de toi une grande nation (Genèse 12, 2). Et Moïse précise ce que signifie cette grandeur : כִּי מִי גּוֹי גָּדוֹל אֲשֶׁר לוֹ אֱלֹהִים קְרֹבִים אֵלָיו… וּמִי גּוֹי גָּדוֹל אֲשֶׁר לוֹ חֻקִּים וּמִשְׁפָּטִים צַדִּיקִים – Quelle grande nation possède des dieux aussi proches d’elle… quelle grande nation possède des lois et des ordonnances aussi justes (Deutéronome 4, 7-8).

La grandeur d’Israël ne réside pas dans la puissance ou le nombre, mais dans sa capacité à être en proximité constante avec Hashem, dans ses actes, ses pensees et ses paroles avec la Torah qui l’habite.


[1] https://www.amichai-rubin.com/

Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs,  né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.

Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.

Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

Partager la Torah:

[addtoany buttons="whatsapp,facebook,twitter,email"]

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

  1. Afin de servir Hashem, il n’y a rien de plus optimal que de Le servir dans la joie, sans une…

  2. Excellent résumé de cette paracha CLÉ du passage de la lumière absolue symbolisée par Moché à celle cyclique de yoshua…

© 2025 By Rafael Attia

Skip to content