
* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]
(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)
Le mystère de la gémellité
Le Rav Tzvi Yehuda désigne Vaera comme la seconde moitié du premier couple de sections de la Torah. Nous avons maintes fois médité sur cette notion de gémellité entre les parachiot. Lorsque nous évoquons Chemot et Vaera ensemble, nous parlons de deux préparatifs à la sortie d’Égypte.
Tout comme il fallut passer par les Patriarches avant d’atteindre les douze tribus — cette longue gestation avant la naissance du peuple d’Israël —, de même l’exode lui-même exige une préparation. Quand un peuple doit naître, il faut d’abord annoncer l’événement : à nous-mêmes d’abord, puis aux nations du monde, qu’un enfant singulier va voir le jour.
Comme l’enseigne le Shem Michmouel2, avant toute naissance, il faut intensifier l’aspiration, le désir ardent. C’est pourquoi, dès la section précédente, Pharaon déclare : “הנה עם בני ישראל” — “Voici que le peuple des enfants d’Israël…”
Et Ashem, lui répond : “שלח את עמי ויעבדוני” — ‘Renvoie Mon peuple pour qu’il Me serve’ (Chemot 7,16) Tu as correctement identifié : il y a effectivement ici un peuple !
La distinction divine
Mais il ne s’agit pas seulement de l’existence d’un peuple. Immédiatement après le verset qui apparaît dans notre section — “שלח את עמי ויעבדוני במדבר” — “Renvoie Mon peuple pour qu’il Me serve dans le désert” — survient un autre verset, après la plaie des moustiques : “והפליתי ביום ההוא את ארץ גושן אשר עמי עומד עליה לבלתי היות שם ערוב” — “Et Je distinguerai en ce jour-là la terre de Gochèn où se tient Mon peuple, pour qu’il n’y ait point là de vermine.” (Chemot 8, 18)
Lorsque Je te dis, Pharaon, “שלח את עמי” — “Renvoie Mon peuple” —, tu dois comprendre qu’il existe une “distinction décidée par Ashem Lui-même” (הפליה אלוקית). Il y a le Peuple de Dieu (‘עם ה’), et il y a les autres peuples. C’est un principe fondamental que Pharaon doit saisir, et nous aussi. Une nation ne naît pas par hasard. Naît une nation qui se distingue des autres peuples, qui possède un autre passeport.
Nous savons déjà que dans le mot ישראל (Israël) apparaît le Nom divin — “אל” — et le mot “ישר” de la rectitude morale (יושר) : une nation droite en qui se trouvent les vertus des Patriarches, et sur laquelle se révèle Dieu.
“Je suis l’Éternel”
Au début de notre parasha, il est écrit : “וידבר אלוקים אל משה ויאמר אליו אני ה‘” — “Dieu parla à Moïse et lui dit : Je suis l’Éternel.” (Chemot 6, 2)
Que signifie cela ? Ashem, nous parle : “וארא אל אברהם… ושמי ה’ לא נודעתי להם” — “Je suis apparu à Abraham… mais Mon nom Éternel, Je ne Me suis pas fait connaître à eux.” (Chemot 6, 3)
Quelle est l’intention ? Les Patriarches ne connaissaient-ils pas l’Éternel ? Assurément, ils Le connaissaient ! Mais la différence est immense. Nos nobles Patriarches ont vu la main de Dieu, ils ont vu comment Ashem, se révèle dans la réalité et les aide. Mais Il n’était pas prêt à les appeler de Son nom. Abraham et Isaac ne sont pas appelés Israël, et même Jacob, qui sera appelé Israël dans l’avenir, est encore, dans cette première phase, Jacob.
Un nouveau-né aussi vient au monde souillé par l’impureté et l’immoralité. Mais finalement, il grandira pour devenir une âme pleinement vivante , et il vaudra la peine de l’appeler par ce nom d’exception: Israël !
Un corps complet et vivant , voilà ce que represente dans l’absolu le peuple d’Israël. Ainsi le peuple d’Israël commence-t-il à apprendre qui il est. Ashem, Se Révèle à nous — autrement dit, il y a en nous une valeur supplémentaire et éternelle qui ne s’était pas révélée jusqu’à ce jour. Cela engendre l’aspiration profonde à s’y rattacher.
Le premier-né
En outre, il y a encore une dimension supérieure. L’étape suivante consiste à venir devant Pharaon et à lui dire : “בני בכורי ישראל” — “Israël est Mon fils premier-né.” (Chemot 4, 22)
Et là, Pharaon explose de colère! Le fils “premier-né” , c’est Israël ?! Qu’y a-t-il chez ces esclaves, rien du tout. Eux, le premier-né ?! Nous sommes censés être le premier-né ! Et Pharaon refuse alors de renvoyer Israël.
Il faut se souvenir : le premier-né est celui qui hérite du caractère du père . Et puisque Pharaon ne comprend pas cela, il faut procéder à une “conclusion expeditive” et tuer tous les premiers-nés d’Égypte . Aux Égyptiens, Ashem, ne Se révèle pas ; ils ne sont pas le peuple de Dieu (‘עם ה’).
Les cinq étapes de la rédemption
L’Éternel annonce encore à Moïse : “והוצאתי… והצלתי… וגאלתי… ולקחתי… והבאתי אתכם אל הארץ…” — “Je vous ferai sortir… Je vous délivrerai… Je vous affranchirai… Je vous prendrai… et Je vous amènerai vers la terre…” (Chemot 6, 6)
C’est lorsque la nation se trouve sur sa Terre que la Torah peut se révéler pleinement. Car la Torah est appelée héritage , et la Terre est, elle aussi, appelée héritage.
Un autre principe suggéré dans notre parasha s’apprend du mot וארא — “Je suis apparu”. Le Rambam enseigne ainsi que “והבאתי אל הארץ” — “Je vous amènerai vers la terre” — a pour finalité la construction du Temple: essentiellement le service des sacrifices, voir Ashem au Lieu qu’Il aura choisi (לראות את פני ה’ במקום אשר יבחר ה’). Aussi on apporte une offrande de montée pour le simple fait d’être présent à l’Endroit où Dieu vous a dit de venir Le voir (קורבן עולת ראיה).
La vision finale
Puissions-nous mériter, avec l’aide de Dieu : “כי עין בעין יראו בשוב ה’ ציון” — “Car ils verront œil à œil le retour de l’Éternel à Sion.” (Esaie 52, 8)
Tout le processus de la rédemption consiste à voir le Retour d’Ashem à Sion, et pour cela, il faut un “regard intérieur”, une vision authentique sur notre Destinée. Sur le chemin, il y aura de nombreux obstacles, d’innombrables défis à surmonter mais à la fin : “והיה העקוב למישור” — “Ce qui était tortueux deviendra droit” (Esaie 40, 4), “וראו כל בשר כי פי ה’ דיבר” — “et toute chair verra que la bouche de l’Éternel a parlé.” (Esaie 40, 5)
[1] https://www.amichai-rubin.com/
Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs, né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.
Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.
Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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