
* selon les paroles du noble soldat Amichai Rubin הי”ד[1]
(inspiré des enseignements du Rav Tsvi Yehouda Kook זצ״ל)
Le Double Regard : “Klal” et “Prat“
Dans le cadre de la “loi de dualité dans le couple” que le Rav Tsvi Yehouda explique dans les parachioth de la Torah, de temps en temps il ajoute dans ses enseignements une explication supplémentaire sur les raisons pour lesquelles, un sujet nécessite une double observation. Dans notre paracha, Rav juge nécessaire d’expliquer le besoin de ces deux aspects. Il précise ainsi que le premier aspect que nous rencontrons s’appelle klal (collectif, général), et le second aspect est prat (l’individu, le particulier).
Que signifie “klal” ? Par exemple, lorsqu’une personne en rencontre une autre, ce qu’elle peut dire de cette personne, c’est qu’elle est un être humain vivant – c’est ce que l’on peut considérer comme une connaissance générale (hakara klalit). “Générale” signifie aussi abstraite. Mais ce n’est pas la seule chose, car c’est aussi une connaissance négative. En fait, vous dites que cette personne est vivante, ce qui implique aussi qu’elle n’est pas morte. Quand vous dites que c’est un humain , cela signifie aussi que ce n’est pas un animal . C’est ce qu’on appelle la connaissance par voie de négation.
Mais à l’étape suivante, du côté du “prat”, il faut aussi connaître la personne dans son aspect positif – quelles sont ses qualités, les inclinaisons de son cœur, quelles sont ses pensées, etc. C’est déjà une connaissance positive. On pourrait dire, pour l’exemple, que c’est un peu comme une rencontre en vue d’un mariage. On rencontre une personnalité – au début il y a une connaissance générale, importante pour décider de poursuivre la relation. Mais on ne peut pas en rester là, il faut aussi approfondir les traits de caractère. Ce sont donc les deux facettes d’une même réalité, chaque aspect ayant sa valeur en soi.
Les Parachioth de la Construction Collective : Vayigash et Vayehi
Les parachioth “Vayigash” et “Vayehi” sont des parachioth qui enseignent le sens du collectif (tsibour). Dans l’avenir, le collectif du peuple d’Israël comptera des millions de personnes, mais au préalable, il y a une préparation, il est impératif de saisir correctement le sens du collectif .
La Première Étape : Les Complications
Avant d’arriver à comprendre comment tous appartiennent à “un seul corps”, les divers “organes” se mettent en place, chacun se développe selon sa propre force. Quand “la main” grandit, elle ne se soucie absolument pas de l’état du “pied” . Maintenant que je grandis, ce qui m’intéresse c’est d’être le plus complet en tant que ce que je suis, “en tant que main”. Dans le collectif aussi, à la première étape, il n’y a pas de coopération entre les différentes parties , chaque partie préserve son identité propre.
Les Douze Enfants : La Collision des Rois
Quand il s’agit de douze enfants dont chacun n’a dans son monde que lui-même, c’est compliqué ! D’autant que parmi eux, deux rois en devenir apparaissent: Joseph et Juda. Cette situation mène à l’explosion . Un roi est celui qui conduit le peuple — וַיִּגַּשׁ אֵלָיו יְהוּדָה (Genèse 44,18), disent nos Sages qu’il n’aurait pas été bon de se trouver dans les parages à ce moment-là. La voix de Juda face à Joseph, c’est quelque chose dont toute personne normale aurait fui!
Deux rois, qui sont deux chefs, impliquent une réalité de collision jusqu’au moment où qu’ils comprennent qu’ils sont voués à être l’un avec l’autre… Mais afin que cela soit pleinement établi, il importe qu’ils soient reconnus pour le moment comme roi chacun à part entière. Juda en tant que roi ne renonce en aucune façon à Benjamin. Joseph en tant que roi, retient tous ses frères en Egypte et leur reproche d’être des espions etc. Deux rois !! Mais puisqu’ici il s’agit d’une “mise en scène”, cela doit se conclure sur un dénouement positif : וְלֹא-יָכֹל יוֹסֵף לְהִתְאַפֵּק (et Joseph ne put se contenir – Genèse 45,1). À ce moment précis s’achèvent la mise en scène ainsi que la collision.
L’Enseignement Fondamental : Ne Pas Effacer les Identités
Tous aspirent à un collectif, souhaitent l’Unité, et afin de se connecter à Autrui, certains seront prêt à effacer leur propre identité. Ce n’est pas ainsi que nous sommes en mesure de bâtir un authentique collectif !
Il est primordial d’enseigner au Peuple la paracha de “Vayigash” : on y construit un collectif de sorte que Joseph et Juda se tiennent chacun sur sa position avec force. Prêts à se battre jusqu’au bout, jusqu’à ce que “Joseph ne puisse plus se contenir”, jusqu’à ce que Ashem dise : vous avez épuisé vos forces, vous pouvez désormais vous connecter l’un a l’autre !
On ne connecte pas le peuple d’Israël quand on en a envie, il n’existe pas de commandement de connection sous prétexte que j’en ai envie. En aucun cas il serait judicieux d’effacer les nuances essentielles au sein d’Israël.
L’Enseignement de notre Paracha
Il y a dans notre paracha un enseignement fondamental sur les questions touchant le “collectif” – Joseph se bat pour sa cause, et Juda aussi se bat pour sa cause, avec toute la force et toute la vérité qui les animent, jusqu’au moment où la Présence d’Ashem Se Révèle au milieu de cette tension, et c’est alors que “Joseph ne put se contenir”.
C’est ainsi qu’on construit une nation ! Qui aurait l’audace de penser que nous reviendrions dans notre Pays et qu’aussitôt nous nous tiendrions la main dans la main ! Cela ne peut fonctionner ainsi, ce serait trop simple. Il y a des combats – entre les gens animés par un désir profond de sainteté, entre ce qu’il est convenu d’appeler “le saint et le profane”, entre la gauche et la droite. Les combats sont parfois épuisants, mais ils ne peuvent se permettre d’effacer l’identité de chacun.
Effacer n’aidera pas à dissiper les troubles éventuels car un collectif est construit d’organes complets et pleins de forces. Et si vous veniez à effacer l’un des membres, non seulement vous ne créerez pas de collectif mais vous en ferez un collectif malade. Vous porterez préjudice, de vos propres mains, qu’à Dieu ne plaise, a ce Projet car vous souhaitez vous connecter avant d’en être réellement prêts.
Le Collectif : Une Volonté Divine
Un collectif est l’expression de Sa Parole, et c’est pourquoi les tribus le savent – ce n’est pas notre décision quand serons-nous en mesure de nous connecter pleinement. Ashem Sait, Connait l’instant fécond ou cette connection sera suffisamment mûrie pour être authentiquement établie.
La Torah comme Guide incontournable dans cette complexité
תּוֹרָ֥ה צִוָּה־לָ֖נוּ מֹשֶׁ֑ה מוֹרָשָׁ֖ה קְהִלַּ֥ת יַעֲקֹֽב“” (Deutéronome 33,4 – “La Torah que Moïse nous a ordonnée, héritage de la communauté de Jacob”). Qu’est-ce que la Torah ? Des instructions sur comment s’arranger dans un monde compliqué – c’est le sens explicite de la “Torah”, enseignement (horaʾa).
Qu’est-ce que tout le Choulhan Aroukh (“La Table Ordonnée”) ? Des complications ! Car il faut un aiguillage divin pour être capable d’identifier chaque complication. Est-ce une complication dont le sujet est la connection ou bien est-ce une complication dont le sujet est la victoire du plus fort ? en réalité, nous ne sommes pas capables pour l’instant de pleinement se connecter, chaque partie nécessite un renforcement constant pour elle-même.
Voici l’essence de la Torah, seule elle qui provient véritablement “d’En Haut”, saura nous orienter comment affronter et surmonter chaque complication, nous signifier quand il sera adéquat ou non d’agir. La Torah révèle comment construire les soixante-dix âmes (70 hanefesh) qui sont descendues en Égypte. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas établir une nation cohérente sans Torah. Il y a des forces qui se développent et qui s’affrontent … Si chacune des 70 parties n’apprend pas auprès des bergers ce qu’il faut faire, elle risque de perdre son identité.
Définition du Collectif
Si nous revenons à l’interrogation, évoquée dans notre introduction : qu’est-ce qu’un collectif ? De manière générale, abstraite – ce sont des débats et des complications. C’est le sens le plus authentique du collectif !
Aussi, nous avons deux Patriarches qui nous enseignent comment construire une nation. Et on ne pourrait la construire autrement, même si à la première étape, cela semble s’apparenter plus à de la haine qu’a une volonté sincère de connection
Le Rôle des Sages : Le Côté Spirituel
Nos Illustres Maitres, tels que le Rav A.I. Kook, ont anticipé ce qui va naître au moment de la Délivrance mais ils se préservent de nous le révéler de crainte d’attrister notre Nation renaissante mais s’engagent avec vigueur dans le combat que nous nous devons de mener au nom de la Vérité. Nul doute que de cette combativité germera L’Unité de la Nation.
Viendra alors le moment ou le peuple d’Israël ne pourra plus se contenir et déclare “Faites sortir tout homme de devant moi” (Genèse 45,1) !
Joseph et Juda : Quand l’Action et l’Esprit se Rencontrent
Joseph ne sait-il pas que Juda est le roi ?! Il le sait très bien évidemment ! Mais lorsqu’il s’agit de questions pratiques, économiques on ne permet pas aux Sages d’Israël de s’y approcher, ils auront des “ampoules”. On se laissera aller à penser même parfois que la réalité de ce monde n’est pas adaptée au monde de la Torah, dans cette réalité l’action est essentielle. A partir de quel moment le monde dit “de l’action”, “du concret”, du “réaliste” aura-t-il saisi son incompétence à ne pas se “contenir” ? A l’instant où “ויגש אליו יהודה”, au moment où l’expression de Sainteté aura la force de délivrer sa Parole! Quand notre adhésion à Ashem sera suffisamment invoquée pour conserver un sentiment noble de pudeur et de pureté. Cela ne sera envisageable qu’au moment au chacun de nos organes retrouve leur souffle vital.
La Descente en Égypte : Préparation à sa Sortie
En conclusion a son commentaire, le Rav Tsvi Yehouda évoque quelque chose de stupéfiant : “La descente en Égypte est en fait une préparation à la sortie d’Égypte” Dans ce cas pour quelle raison y descendre ?
A. Car c’est ainsi qu’Ashem L’a énoncé
B. Aujourd’hui nous en savons la cause, “ג֣וֹי גָּד֔וֹל אֲשֶׁר־ל֥וֹ אֱ–לֹהִ֖ים קְרֹבִ֣ים אֵלָ֑יו” “car Israël est devenue une grande nation qui a le privilège d’avoir Ashem proche d’elle” (Deutéronome 4, 7). Ils s’installent au pays de Goshen et les gens furent impressionnés par eux… puis Ashem les fait sortir de là et le monde entier est magnétisé par eux et les suit. Comme l’incita Rahav (Josué 2, 9-11) “que tous suivent le peuple d’Israël, après tout ce qui leur est arrivé” ainsi que Yitro (Exode 18) qui suivit le peuple d’Israël.
Pour cette révélation, il apparait qu’il faille descendre en Égypte. Mais, en même temps, il est primordial de tacher à préserver notre identité et de ne pas “se diluer” au milieu des nations, ce qui s’avèrera être un danger hélas constant !
La Haftara : Les Deux Arbres
Dans la Haftara (Ézéchiel 37, 16-17), il est écrit que “l’arbre de Juda” et “l’arbre de Joseph” se joindront ensemble et deviendront un seul arbre. Il faudra tout d’abord mettre en place des arbres dignes et solides, il ne s’agira point de connecter les graines ensemble et d’essayer de créer des arbres “hybrides”, ce n’est pas d’un croisement dont nous avons besoin. Chaque arbre grandira et lorsqu’il sera prêt, il sera temps de nous connecter de la manière la plus cohérente et la plus optimale !
“Quand vous êtes attachés à Ashem, votre Dieu” (Deutéronome 4,4), quand chacun a développé et trouvé l’essence de son existence, alors — “vous êtes tous réellement vivants aujourd’hui”. Telle est notre mission, et nous la mèneront avec succès grâce à Son Aide Inestimable !
[1] https://www.amichai-rubin.com/
Fils de Batya et d’Ishay Rubin, troisième de huit frères et sœurs, né dans la ville d’Acre. Après quatre ans à la yeshiva, il s’est enrôlé dans le 51e bataillon Golani. Amichai était un soldat exceptionnel, un tireur d’élite exceptionnel et représentait la brigade lors des compétitions. Le 7 octobre, le jour du Shabbat de Simchat Torah, Amichai se trouvait à un poste à la frontière de Gaza, près du kibboutz Kissufim. L’attaque au mortier a commencé à 6h30 du matin. Amichai et ses amis ont sauté dans la salle à manger, qui était utilisée comme espace protégé, La bataille dura environ quatre heures. Au cours de l’affrontement, Amichai reçut une balle dans la main et continua à se battre.
Il a reçu une balle dans la jambe, et même cette blessure grave ne l’a pas empêché de continuer. On lui a proposé un remplaçant, mais il a catégoriquement refusé. Finalement, Amichai a été touché à la tête et, miraculeusement et grâce à sa force supérieure, il a continué à se battre pendant 20 minutes supplémentaires, jusqu’à ce qu’il soit à bout de forces.
Le mardi 25 Tichri, il a été déclaré en état de mort cérébrale et la famille a décidé de faire don de ses organes. Cinq personnes ont retrouvé la vie grâce aux organes d’Amichai. Amichai a été enterré sur le mont Herzl, à l’âge de 23 ans.

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